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	<title>Forum pour la Paix</title>
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		<title>Nucléaire iranien : l&#8217;option militaire ? LE DÉBAT video</title>
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		<pubDate>Mon, 20 Feb 2012 17:53:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Joseph Meidan</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>

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		<description><![CDATA[L&#8217;Iran cherche à se doter de l&#8217;arme atomique. Le rapport de l&#8217;AIEA sur le programme nucléaire iranien est accablant pour Téhéran. Les autorités israéliennes envisagent depuis 8 jours une attaque sur l&#8217;Iran pour mettre un terme à ce programme.Les israéliens&#8230; <br /><a href="http://www.forumforpeace.com/2012/02/nucleaire-iranien-loption-militaire-le-debat-video/" class="btn-std"><span class="readmore">Lire l'article</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>L&#8217;Iran cherche à se doter de l&#8217;arme atomique. Le rapport de l&#8217;AIEA sur le programme nucléaire iranien est accablant pour Téhéran. Les autorités israéliennes envisagent depuis 8 jours une attaque sur l&#8217;Iran pour mettre un terme à ce programme.Les israéliens vont-ils mettre leur menace à exécution ? Quelles alternatives à l&#8217;option militaire ? C&#8217;est toute la région qui est aujourd&#8217;hui menacée.</p>
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<div dir="ltr"><a href="http://www.france24.com/fr/20111110-debat-Iran-AIEA-Nucleaire-iranien">cliquez ici pour voir la vidéo</a></p>
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		<title>Israël-Palestine: &#171;&#160;La paix est encore possible&#160;&#187; interview Par &#171;&#160;Bakchich info&#160;&#187;</title>
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		<pubDate>Mon, 20 Feb 2012 02:36:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Joseph Meidan</dc:creator>
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		<description><![CDATA[&#171;&#160;Ofer Bronchtein, ancien conseiller d’Yitzhak Rabin, est un artisan de la paix. Il s’explique sur les causes et les conséquences de la guerre à Gaza. Pas question de parler d’une fin du dialogue israélo-palestinien. Bakchich a aussi donné la parole&#8230; <br /><a href="http://www.forumforpeace.com/2012/02/israel-palestine-la-paix-est-encore-possible-interview-par-bakchich-info/" class="btn-std"><span class="readmore">Lire l'article</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>&laquo;&nbsp;Ofer Bronchtein, ancien conseiller d’Yitzhak Rabin, est un artisan de la paix. Il s’explique sur les causes et les conséquences de la guerre à Gaza. Pas question de parler d’une fin du dialogue israélo-palestinien. Bakchich a aussi donné la parole à l’UEJF qui nous renseigne sur les conséquences du conflit sur la communauté juive de France.&nbsp;&raquo;</p>
<div title="Publiée le 07-01-2009">07-01-2009</div>
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		<title>La corruption politique en Algérie: l’envers de l’autoritarisme. par Mohammed Hachemaoui</title>
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		<pubDate>Wed, 15 Feb 2012 10:29:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Joseph Meidan</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>

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		<description><![CDATA[SI la corruption est devenue un sujet de préoccupation et d’études depuis trois décennies, elle reste peu analysée dans le monde arabe. Alors qu’elle a pris des proportions de plus en plus grandes dans la région – comme le reflètent&#8230; <br /><a href="http://www.forumforpeace.com/2012/02/la-corruption-politique-en-algerie-lenvers-de-lautoritarisme-par-mohammed-hachemaoui/" class="btn-std"><span class="readmore">Lire l'article</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>SI la corruption est devenue un sujet de préoccupation et d’études depuis trois décennies, elle reste peu analysée dans le monde arabe. Alors qu’elle a pris des proportions de plus en plus grandes dans la région – comme le reflètent les récentes révélations sur les avoirs des clans Moubarak en Égypte et Ben Ali en Tunisie et de leurs clientèles respectives –, la corruption demeure, du Maghreb au Machrek, para- doxalement encore une terra incognita. L’étude de la corruption en Algérie ne déroge pas à ce constat.</p>
<p>La thèse défendue dans ce texte ambitionne de construire un pont analytique et conceptuel entre deux régions du savoir maintenues à égale distance l’une de l’autre par la littérature savante consacrée à cette aire : la corruption et l’autoritarisme. L’argumentation déroulée ici s’emploie à démontrer le caractère indissociable des liens noués en Algérie – à l’instar de beaucoup d’autres pays arabes – entre régime autoritaire et corruption politique.</p>
<p>Si la corruption, définie comme abus de positions et de ressources publiques à des fins privées, est un phénomène universel, ses symptô- mes, eux, sont différenciés : elle peut être personnelle ici et institution- nelle ailleurs, sectorielle dans un pays et systémique dans un autre. Aussi, l’intelligence de la corruption s’avère-t-elle indissociable de l’analyse des institutions politiques1.</p>
<p>Or le régime algérien s’avère, en comparaison avec les systèmes politiques arabes en vigueur du Maroc à l’Arabie saoudite en passant par l’Égypte, assurément l’un des plus résistants à l’analyse: son</p>
<p>* Politologue, professeur invité à l’université Paris 8.</p>
<p>1. Mohammed Hachemaoui, la Corruption politique en Algérie. Structures, acteurs et dynamiques d’un système de gouvernement, ouvrage à paraître; Michael Johnston, Syndromes of Corruption. Power, Wealth, and Democracy, Cambridge, Cambridge University Press, 2005.</p>
<p>111 Juin 2011</p>
<p>La corruption politique en Algérie : l’envers de l’autoritarisme</p>
<p>leadership est tantôt militaire, tantôt civil, collectif à certains moments et personnalisé à d’autres ; son mode de gouvernement, rétif aux modè- les d’analyse courants, reste une énigme. Depuis les émeutes sanglantes d’octobre 1988, qui ont signifié symboliquement l’effondrement de la « légitimité historique » de l’élite dirigeante2, le système a connu bien des métamorphoses : du « parti unique » au « multipartisme », de l’« éco- nomie socialiste » à l’« économie de marché », la cadence et l’ampleur des changements, sans pareilles dans le « monde arabe et musulman », ont achevé de brouiller la lecture. Tout a cependant changé en Algérie sauf l’essentiel : le système de gouvernement.</p>
<p>Les institutions sont « les règles du jeu dans une société3 ». Dans la politique algérienne, les institutions établies par la Constitution du pays ne traduisent cependant pas les règles du jeu. En se focalisant sur l’idéologie, l’économie ou le cadre constitutionnel, les spécialistes de la politique algérienne manquent le plus souvent l’essentiel : l’intelli- gence d’un système de gouvernement qui, à l’ombre du «Parti-État», de la « guerre civile » et de la « transition », a, dès ses fondations, consa- cré la corruption comme mécanisme central. L’évitement, l’oubli ou le déni de cette logique de gouvernement, favorisent de lourdes erreurs d’interprétation.</p>
<p>Les analyses qui mettent en avant l’« État FLN » et le « changement de régime » peinent à saisir le système de pouvoir qui gouverne le pays derrière la façade institutionnelle. Le paradigme célébré de « l’État rentier4 » n’est pas davantage d’un grand secours ; fondé sur l’idée que la manne pétrolière façonne l’État, il occulte le système de gouverne- ment : or celui-ci n’est pas seulement antérieur à l’ère pétrolière mais aussi et surtout indépendant de la rente. Les contre-arguments qui révè- lent les apories de ce paradigme sont nombreux5. Limitons-nous, dans le cadre de cet article, à trois d’entre eux. Si « l’autoritarisme arabe » dépend réellement de la rente, comment peut-on expliquer alors la survie des États « rentiers » de la région durant la longue et sévère crise fiscale des années 1985-2002 ? Si l’allocation des bénéfices de la rente à la population est prétendument à même de garantir sinon le « consen- sus» du moins la «dépolitisation», comment peut-on expliquer alors le surgissement, en plein boom pétrolier, des révoltes populaires qui</p>
<p>2. Tandis que la police a été curieusement démobilisée, l’intervention de l’armée, la première depuis le coup d’État du 19 juin 1965, a fait plus de cinq cents morts en moins d’une semaine (du 5 au 10 octobre 1988). Voir Abed Charef, Octobre, Alger, Laphomic, 1989.</p>
<p>3. Douglass North, Institutions, Institutional Change, and Economic Performance, Cambridge, Cambridge University Press, 1990, p. 3.</p>
<p>4.Hazem Beblawi, Giacomo Luciani (eds) et al., The Rentier State, New York, Croom Helm, 1987 ; Terry Lynn Karl, The Paradox of Plenty. Oil Booms and Petro-State, Berkley, University of California Press, 1996 ; Michael Ross, “Does Oil Hinder Democracy ?”, World Politics, avril 2001, 53, p. 325-361.</p>
<p>5. Lire pour une critique de ce paradigme dominant, M. Hachemaoui, « La rente entrave-t-elle la démocratie ? Réexamen des thèses de l’“État rentier” et de la “malédiction des ressources” », article à paraître.</p>
<p>112</p>
<p>La corruption politique en Algérie : l’envers de l’autoritarisme</p>
<p>secouent depuis le début de cette année les États « rentiers » de la région tels le Bahreïn, l’Égypte, la Libye et le Yémen ? Pourquoi la distribution de près de 200 milliards de dollars au cours de la décennie 2000 n’a-t-elle pas permis au gouvernement algérien d’«acheter» la paix sociale et de s’immuniser contre la récurrence des fièvres émeu- tières et des mouvements protestataires6 ? Aussi nous semble-t-il impor- tant d’opérer un renversement de perspective : le système de corruption, qui préside à la mise en œuvre des programmes de développement autant qu’à l’allocation des ressources, génère le mal-développement et accroît l’injustice et les inégalités, lesquelles alimentent le mécontentement des exclus7.</p>
<p>Le régime autoritaire algérien procède du modèle prétorien8 : le processus politique y est, depuis l’indépendance à nos jours, préempté par le haut commandement de l’Armée. Les armées prétoriennes se pausent comme « l’unique alternative » au « désordre politique ». Pour assurer la permanence de leur domination, elles exacerbent la faiblesse des partis politiques et de la société civile ; soucieuses de maximiser leur pouvoir, elles s’érigent en organisation indépendante et s’adonnent – quitte à sacrifier la professionnalisation – à la manipulation des forces sociales et politiques9.</p>
<p>En Turquie, où la révision de la Constitution du 12 septembre 2010 a consacré une avancée importante de la démocratisation et de l’État de droit, l’institution militaire est en voie d’accomplir sa transition d’une armée prétorienne à une autre, plus constitutionnelle10. À l’inver- se, en Algérie, où la sortie du régime autoritaire qu’avaient entrepris les réformateurs entre 1989 et 1991 a été sabordée par les faucons et leurs alliés objectifs, les radicaux (islamistes), l’Armée demeure encore</p>
<p>6. La gendarmerie nationale a recensé, selon la presse algérienne, près de 10 000 émeutes et mouvements de protestation au cours de la seule année 2010. Le programme de développement économique prévoit pour la période 2010-2015 un budget de 286 milliards de dollars.</p>
<p>7. Je defends cette thèse dans M. Hachemaoui, la Corruption politique en Algérie&#8230;, op. cit.</p>
<p>8. Sur la politique prétorienne : Felipe Agüero, Soldiers, Civilians and Democracy. Post-Franco Spain in Comparative Perspective, Baltimore, The Johns Hopkins University Press, 1995 ; Samuel Huntington, Political Order in Changing Societies, New Haven, Yale University Press, 1968, en particulier le chapitre “Praetorianism and Political Decay”, p. 192-263 ; Amos Perlmuter, “The Praetorian State and the Praetorian Army. Toward a Taxonomy of Civil-Military Relations in Developing Polities”, Comparative Politics, avril 1969, vol. 1, no 3, p. 382-404 ; Alain Rouquié, l’État militaire en Amérique latine, Paris, Le Seuil, 1982 ; Alfred Stepan, The Military in Politics: Changing Patterns in Brazil, Princeton, Princeton University Press, 1971 ; id., Rethinking Military Politics, Princeton, Princeton University Press, 1988.</p>
<p>9. Voir F. Agüero, Soldiers, Civilians and Democracy&#8230;, op. cit. ; S. Huntington, Political Order in Changing Societies, op. cit. ; A. Perlmuter, “The Praetorian State and the Praetorian Army&#8230;”, art. cité ; A. Rouquié, l’État militaire en Amérique latine, op. cit. ; A. Stepan, The Military in Politics&#8230;, op. cit. ; id., Rethinking Military Politics, op. cit.</p>
<p>10.La révision de la Constitution, approuvée par référendum à 58% des voix, limite les prérogatives de la justice militaire et modifie la structure de deux instances judiciaires : la Cour constitutionnelle et le Conseil supérieur de la magistrature, ce dernier nommant juges et procureurs. La réforme, importante entre toutes, permet, de jure, de juger les auteurs du coup d’État de 1980, survenu 30 ans auparavant – jour pour jour. Voir Le Monde, 12 septembre 2010. Cet événement, de grande importance régionale, est passé sous silence par les médias algériens.</p>
<p>113</p>
<p>La corruption politique en Algérie : l’envers de l’autoritarisme</p>
<p>de celles qui, par le biais des services secrets, dominent le processus politique11.</p>
<p>La domination des prétoriens sur la politique en Algérie, loin de se réduire à une parenthèse conjoncturelle – ouverte par le «péril inté- griste » en 1992 puis refermée par l’élection « pas comme les autres » d’un «président civil» en 1999 –, participe des fondamentaux du régime. L’armée prétorienne n’a pas seulement confisqué l’État à l’indépendance mais davantage et surtout préempté le régime. Les règles du jeu politique, permanentes depuis l’indépendance derrière des formules changeantes, se déclinent, pour l’essentiel, suivant deux principes : autoritarisme prétorien et corruption politique.</p>
<p>Le système de gouvernement au miroir de l’affaire Khalifa</p>
<p>En Algérie, la faiblesse de la bureaucratie ne découle pas de la rente; elle est un effet recherché par le système de gouvernement: la collusion de l’administration participant de l’environnement nécessaire à la prolifération de la corruption politique.</p>
<p>Voulu, l’abaissement institutionnel profite aux magnats et autres entrepreneurs flamboyants (tycoons) qui prolifèrent dans le pays depuis les années 1990 à la faveur du patronage des groupes dirigeants et de l’ouverture de l’économie. Un exemple emblématique montre bien ce système de corruption: l’«affaire Khalifa12». Rafik Abdelmoumène Khelifa, par qui le « scandale » est arrivé, est un enfant de la nomen- klatura algérienne qui aspire, comme beaucoup de ses semblables, à faire fortune ; ayant effectué ses premières armes dans le marché très fermé de l’importation du médicament, il décide de se doter de sa propre banque. Fils de Laroussi Khelifa – qui fut tour à tour membre dirigeant du MALG (ancêtre de la Sécurité militaire), ministre de l’Industrialisation et de l’Énergie, directeur d’Air Algérie et ambas- sadeur en poste à Londres –, Rafik Abdelmoumène obtient, en juillet 1998, au moment où les banques privées se comptent sur les doigts d’une main, le très précieux agrément du Conseil du crédit et de la monnaie pour ouvrir son établissement bancaire, El Khalifa Bank. Le jeune affairiste, qui sait que le pouvoir préside à l’accumulation de la richesse, s’emploie à construire de puissants réseaux de patronage.</p>
<p>11.M. Hachemaoui, «Permanences des règles du jeu politique en Algérie», Politique étrangère, juin 2009, no 2, p. 309-321.</p>
<p>12.Voir Florence Aubenas, José Garçon, Renaud Lecadre, Cédric Mathiot, «La face cachée de l’“empire” Khalifa», Libération, 30 octobre 2002; J. Follorou, «Enquête sur le mystère du groupe de services algérien Khalifa Entreprises », Le Monde, 31 décembre 2002 ; Clement Moore Henry, “The Political Economies of the Maghrib”, dans David Sorenson (ed.), Interpreting the Middle East, Boulder, Westview, 2010, p. 185-213 ; Clement Moore Henry et Robert Springborg, Globalization and the Politics of Development, Cambridge, Cambridge University Press, 2e éd., 2010 [2001], p 133-136.</p>
<p>114</p>
<p>La corruption politique en Algérie : l’envers de l’autoritarisme</p>
<p>Les gouvernants, après la cooptation d’un président civil, s’em- ploient, pour redorer le blason du régime, terni par dix ans de «sale guerre » qui a fait plus de 100 000 morts et quelque 8 000 disparus, à vendre une nouvelle image du système : celle d’un pays en reconstruc- tion, ouvert et tourné vers l’avenir, dans lequel les capitalistes peuvent désormais prospérer à la faveur de la paix et de l’ouverture à l’économie de marché. Le bien né Rafik Abdelmoumène Khelifa est coopté pour jouer ce rôle : la success story du golden boy, symbole de « l’Algérie qui gagne ». Deux figures clés du « nouveau pouvoir » se trouvent au cœur du dispositif : Larbi Belkheir, directeur de cabinet de la Présidence, «l’un des hommes les plus puissants d’Algérie13», en qualité de « parrain » occulte du jeune patron ; Abdelghani Bouteflika, le frère du chef de l’État, en qualité d’avocat-conseil d’El Khalifa Bank14.</p>
<p>Le montage de l’« opération Khalifa » trahit une connaissance intime des rouages politico-économico-administratifs, obscurs et complexes, du système algérien. Aussi l’ascension fulgurante d’El Khalifa Bank n’est-elle pas le fait du « blanchiment de l’argent des généraux », mais le produit de la fabrique du système de patronage et de la corruption qui gouverne le pays : le succès instantané de la banque privée est tri- butaire en effet du flux incessant de dépôts que les directeurs – nommés et révoqués par le pouvoir – des grands – et bien contrôlés – organismes publics avaient été incités, par exercice d’influence ou par échange corrompu, à placer dans la banque de Rafik Khelifa15. Grâce aux abondants flux de dépôts publics qui se déversent secrètement dans les coffres de la banque «privée», et atteignent l’équivalent de près de 1,4 milliard d’euros en février 200316, l’«opération Khalifa» peut passer à la vitesse supérieure. C’est le deuxième acte : la mise en orbite</p>
<p>13. Le Monde, 7 mars 2002. Larbi Belkheir, issu d’une richissime famille du makhzen colonial de l’ouest algérien, fut tour à tour sous-officier puis déserteur de l’armée française (1958), chef d’état-major de la IIe région militaire sous Chadli, directeur de l’école militaire d’ingénieurs entre 1975 et 1979, secrétaire permanent du Haut Conseil de sécurité de 1980 à 1982, directeur de cabinet et secrétaire général de la Présidence de 1982 à 1986, directeur de cabinet de la présidence de 1986 à 1991, ministre de l’Intérieur d’octobre 1991 à juillet 1992. Fait rarissime : ses fonctions civiles ne l’empêchant pas de poursuivre sa carrière militaire, Larbi Belkheir est promu le 5 juillet 1991 au grade, alors le plus élevé de la hiérarchie militaire algérienne, de général-major. Homme d’influence converti avec succès dans les affaires, Larbi Belkheir parvient, au lendemain de la démission, en septembre 1998, du président Liamine Zeroual, à vendre à ses pairs du collège des prétoriens la candidature d’Abdelaziz Bouteflika à la présidence. Le « parrain du régime » est nommé, quelques mois après l’élection « pas comme les autres » de Bouteflika en avril 1999, directeur de cabinet de la présidence; «pilier du système», il y jouera un rôle important notamment dans le succès du groupe Khalifa. Plébiscité en avril 2004, Bouteflika décide d’écarter Belkheir en le nommant, en septembre 2005, ambassadeur à Rabat. Larbi Belkheir décède, des suites d’une longue maladie, le 29 janvier 2010 à Alger. Le documentaire de Jean- Baptiste Rivoire, « Khalifa : l’étrange milliardaire algérien », diffusé (pour la première fois le 3 mars 2003) par Canal+, montre plusieurs apparitions non officielles de Rafik Khelifa avec Larbi Bekheir.</p>
<p>14.Voir F. Aubenas, J. Garçon, R. Lecadre, C. Mathiot, «La face cachée de l’“empire” Khalifa », art. cité ; J. Follorou, « Enquête sur le mystère&#8230; », art. cité.</p>
<p>15. Le procès d’El Khalifa Bank, qui a eu lieu au tribunal criminel de Blida entre janvier et mars 2007, a bien montré cet aspect de l’affaire.</p>
<p>16.El Watan, 24 janvier 2007. Chiffre donné par le tribunal criminel de Blida au cours du procès de la caisse principale d’El Khalifa Bank.</p>
<p>115</p>
<p>La corruption politique en Algérie : l’envers de l’autoritarisme</p>
<p>d’un immense conglomérat dont les filiales ambitionnent de coiffer le transport aérien (Khalifa Airways), les médias (Khalifa TV), les travaux publics (Khalifa Construction), la location de voitures de luxe (Khalifa Rent a Car), etc. La liste des «fils et filles de» embauchés par « l’empire Khalifa » entre 1999 et 2003 renseigne, s’il en était encore besoin, sur l’intrication des liens noués entre les cercles dirigeants et la nébuleuse Khalifa : le fils d’un puissant ministre dans le bureau de représentation d’El Khalifa Bank à New York; la fille d’un influent conseiller présidentiel à la direction de l’agence parisienne de Khalifa Airways ; la nièce d’un membre du Conseil de la monnaie et du crédit pour diriger le bureau de représentation d’El Khalifa Bank à Milan ; la fille du PDG en exercice de la compagnie étatique de transport aérien à la direction de la monétique de Khalifa Airways ; l’épouse et le fils d’un magistrat à la Cour suprême et membre de la commission bancaire – l’organe de contrôle de la banque des banques – à Khalifa Airways ; les enfants de plusieurs officiers supérieurs de l’Armée dont le neveu d’un puissant général-major en poste ; des journalistes dûment reconnus pour être les «honorables correspondants» de la police politique comme hauts responsables de Khalifa TV, etc.17. Avec Khalifa, le «nouveau» pouvoir algérien entend, un peu à l’image de ce qu’ont entrepris bien avant lui le Palais marocain avec SIGER-ONA et le régime égyptien avec les oligopoles de Osman Ahmed Osman et autres Ahmed Izz et Bahgat Group, se doter désormais de son official mogul18 – d’autant que sur ce registre, les prétoriens ont pris, depuis 1992, de bonnes longueurs d’avance. Khalifa se révèle cependant plus proche du modèle tunisien incarné par Sakhr el Materi et Imad Trabelsi19.</p>
<p>Au sein de la nébuleuse Khalifa, la banque tient une fonction cen- trale, celle d’une pompe qui aspire les dépôts publics avant de les in- jecter dans les filiales domiciliées à l’étranger ; la démultiplication des opérations de commerce extérieur dévolue à Khalifa Airways couvrant, grâce au collapsus institutionnel programmé de la Banque centrale et aux réseaux de complicité construits au sein de la haute administration de l’État, une entreprise systématique d’évasion de capitaux. Les fonds de «l’empire» s’orientent, politique oblige, d’abord vers l’Hexagone, Paris étant le point de mire du plan marketing d’Alger. Le groupe</p>
<p>17.L’Express, 17 juillet 2003; Jeune Afrique, 13 mars 2005, no 2305; El Watan, 19 février 2007.</p>
<p>18. Sur cet idéal-type, lire M. Johnston, Syndromes of Corruption&#8230;, op. cit., p. 155-185.</p>
<p>19. Sur les liens entre pouvoir et richesse dans les pays du Maghreb, lire Mélanie Claire Cammett, Globalization and Business Politics in Arab North Africa. À Comparative Perspective, Cambridge, Cambridge University Press, 2007; Myriam Catusse, le Temps des entrepreneurs. Politique et transformations du capitalisme au Maroc, Paris, Maisonneuve et Larose, 2008; Clement Henry, “The Political Economies of the Maghrib”, dans David Sorenson (ed.), Interpreting the Middle East, Boulder, Westview, 2010, p. 185-213; C. Moore Henry, R. Springborg, Globalization and the Politics of Development&#8230;, op. cit., p. 198-202 et 215-226 ; Béatrice Hibou, la Force de l’obéissance. Économie politique de l’obéissance, Paris, La Découverte, 2006 ; John Waterbury, “Corruption, Political Stability and Development: Comparative Evidence from Egypt and Morocco”, Government and Opposition, 1976, vol. 11, no 4, p. 426-445.</p>
<p>116</p>
<p>La corruption politique en Algérie : l’envers de l’autoritarisme</p>
<p>Khalifa, partenaire de «Al Djazaïr 2003 : l’année de l’Algérie en France », se doit, par ses investissements hauts en couleur, de préparer l’embellissement de l’image du système algérien. Il n’est pour s’en convaincre que de rappeler quelques-unes parmi les dépenses effec- tuées par le « milliardaire » Rafik Khelifa en France : le leasing de dix- huit Airbus et d’une trentaine d’ATR pour le compte de Khalifa Airways, la jeune compagnie aérienne reconnaissable par son emblème aux formes d’un majestueux condor bleu en vol20 ; le sponsoring (15 millions d’euros sur cinq ans) de l’Olympique de Marseille21 ; l’achat d’un palace à Cannes pour 35 millions d’euros22 – pour ne rien dire des cachets copieusement versés aux vedettes du cinéma, de la presse et de la publicité.</p>
<p>Le conglomérat, pour entretenir son image en Algérie, poursuit une politique clientéliste et corruptrice à grande échelle : offrir des cadeaux aux membres importants de l’élite dirigeante (appartements luxueux à Paris, villas et autres assiettes foncières dans les beaux quartiers d’Al- ger, berlines, prêts bancaires généreux, prises en charge à l’étranger, etc.); distribuer des salaires trois à quatre fois plus élevés que ceux pratiqués dans le pays pour les enfants de la nomenklatura et de l’aristocratie ouvrière ; arroser les patrons de la presse privée de cachets en devises ; sponsoriser la sélection nationale et les clubs locaux de football ; offrir des vraies fausses stations de dessalement de l’eau de mer à l’État; annoncer un don de 10 millions de dinars aux sinistrés des inondations de Bab el Oued (hiver 2001) ; financer des colloques ministériels; payer les honoraires de stars du cinéma; signer des conventions spéciales avec la direction générale de la sûreté de l’État et les douanes nationales comprenant la réduction, de moitié, des prix des billets Khalifa Airways au bénéfice des membres des deux institutions ; faire don de trois Mercedes 500 blindées à la Présidence et au ministère de la Défense23, etc. En Algérie, où prolifère les affai- ristes à l’ombre de la violence politique et de la libéralisation économi- que des années 1990, les exploits flamboyants du « jeune milliardaire algérien » font de Rafik Abdelmoumène Khelifa (dit Moumène) l’objet d’une fascination collective; l’homme d’affaires, complimenté par les gouvernants et adulé par le peuple, devient, après dix ans de « tragédie nationale », le mythe fédérateur du pays. Mais il y a plus. Les promo- teurs de l’« opération Khalifa » démultiplient les apparitions publiques du « champion du capitalisme algérien » avec les plus hautes autorités du pays : le « capitaine d’industrie » Khelifa est tantôt avec le chef du</p>
<p>20. J. Follorou, « Enquête sur le mystère&#8230; », art. cité. 21. Libération, 3 avril 2003. 22.Entre autres: L’Express, 17 juillet 2003, p. 86; chiffre donné également par le tribunal</p>
<p>criminel de Blida lors du procès de la caisse principale d’El Khalifa Bank (El Watan, 22 février 2007, p. 2).</p>
<p>23. Ce don a fait l’objet d’un échange de courrier officiel entre le chef du gouvernement et le liquidateur d’El Khalifa Bank que l’auteur a consulté.</p>
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<p>gouvernement, tantôt avec le président, tantôt avec le directeur de cabinet de la Présidence24. Dans un système de gouvernement qui charrie les messages codés, les affichages de « Moumène » avec les plus hauts dirigeants de l’État sont révélateurs de l’étroitesse des liens qui rattachent l’homme d’affaires aux fameux « décideurs ».</p>
<p>Or El Khalifa Bank, qui trafiquait ses bilans comptables, aurait, entre 1999 et 2003, transféré irrégulièrement de l’Algérie vers l’étranger quelque 689 millions d’euros dont un peu moins de la moitié vers l’Hexagone25. TRACFIN, l’organisme dépendant du ministère des Finan- ces français spécialisé dans la lutte contre le blanchiment d’argent, révèle que plus de 50 millions d’euros ont déserté El Khalifa Bank à Alger pour atterrir à la São Paolo de Paris26. Parmi les mouvements de fonds douteux, il y a les virements effectués entre 2000 et 2002 au bénéfice du mystérieux « Chakib 03 » de New York d’un montant global de 13 millions de dollars27.</p>
<p>Un pan de l’affaire renseigne sur l’entreprise systématique d’évasion des capitaux: «l’entrée par effraction» dans le capital de la Société générale Algérie (SGA) par El Khalifa Bank. La SGA est créée en mars 1999 avec trois principaux actionnaires : la Société générale à 61 %, la FIBA – holding de participation enregistré au Luxembourg au capital social de 1,5 million d’euros – à 29 % et la Société financière interna- tionale – filiale de la Banque mondiale – à 10 %. Ce sont les quotidiens français Les Échos et Le Figaro qui révèlent, peu après l’irruption du scandale Khalifa en juin 2003, le rachat, par El Khalifa Bank, des parts détenues par la FIBA dans le capital de la Société générale Algérie. L’opération, qui n’a pas été annoncée en son temps, s’est faite de façon doublement illégale : en violation de la loi (90-10 du 14 avril 1990) qui rend obligatoire l’accord préalable, pour ce type de transactions, du Conseil de la monnaie et du crédit et au mépris du pacte des action- naires qui prévoit un droit de préemption. À en croire le réputé sérieux journal économique Les Échos, la banque de Rafik Khelifa a dû débour- ser 8 millions de dollars pour racheter les actions de la FIBA, au moment où les 61% des parts du capital détenues par la Société générale valaient, elles, 7 millions de dollars28. Or la FIBA est dirigée par Ali Benouari : notoirement connu pour ses liens avec l’insubmersible Larbi Belkheir29. Le banquier, responsable des marchés financiers à la</p>
<p>24. Il en est ainsi du match amical de la sélection algérienne avec l’OM en février 2001 ou de l’inauguration de la vraie fausse station de dessalement de l’eau de mer à Alger en mai 2002.</p>
<p>25. La somme de 289 861 525,72 euros, selon les données transmises par le liquidateur d’El Khalifa Bank (Moncef Badsi) à la justice française et rapportées par Le Monde, 31 juillet 2004 et 9 février 2005.</p>
<p>26. L’Express, 28 juin 2004. 27. Jeune Afrique, 13 mars 2005, no 2305. 28. Les Échos, 10 mai 2004. 29.Entretien avec Sid Ahmed Ghozali (chef du gouvernement de juin 1991 à juillet 1992),</p>
<p>Alger, novembre 2010. Entretien anonyme avec un ancien gouverneur de la Banque d’Algérie, 2008.</p>
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<p>Banque centrale d’Algérie au milieu des années 1970, entame, un an après l’intronisation de Larbi Belkheir comme secrétaire général de la Présidence, une carrière dans les banques en Suisse : il est, entre 1981 et 1989, tour à tour, responsable de salles des marchés pour Al Saudi Banque et Société générale à Genève. Le puissant directeur de cabinet du prédémissionnaire président Chadli fait nommer le banquier comme ministre du Trésor au lendemain de la sortie du gouvernement de l’équi- pe des réformateurs Hamrouche et Hidouci. Ali Benouari retourne au début des années 1990 en Suisse pour présider le conseil de surveil- lance de la FIBA : le holding – acronyme de la fameuse banque à l’origine du scandale d’ELF/Gabon – regroupe plusieurs privés algériens dont un ancien PDG d’une banque étatique algérienne (la BEA30) et les enfants d’un ancien ministre. Au moment où le très influent Larbi Belkheir entreprend, à partir de la démission du président Liamine Zeroual en septembre 1998, la promotion du candidat Bouteflika, le banquier d’affaires Ali Benouari, lui, retourne derechef en Algérie, cette fois pour participer au montage d’une banque privée : la Société générale Algérie. L’ancien ministre du Trésor en sera, à partir de mars 1999, le président du conseil de surveillance31. La transaction délictueuse, opé- rée secrètement par la FIBA en octobre 2002, montre, s’il en était encore besoin, que Khalifa était une opération d’évasion des capitaux. L’entrée par effraction de la très opaque El Khalifa Bank dans le capital de la banque française en Algérie sera l’opération de trop: le 23 octobre 2002, Le Canard enchaîné dévoile le contenu des «notes alarmistes» de la DGSE sur les « fonds mal identifiés » de la « compagnie atypique » El Khalifa Airways ; le 30 octobre, Libération publie un dossier sur « La face cachée de l’“empire” Khalifa » en reprenant les rapports confiden- tiels du gouvernement et des services du renseignement extérieur français ; le 27 novembre, la Banque d’Algérie, dont les instruments de contrôle et de régulation étaient plombés depuis deux ans, interdit El Khalifa Bank de tout transfert de capitaux32.</p>
<p>Mais pourquoi a-t-on laissé faire une aussi grande entreprise d’éva- sion de capitaux ? L’examen de « l’ordonnance 96-22 relative à la répres- sion de l’infraction à la législation et à la réglementation des changes et des mouvements de capitaux de et vers l’étranger » du 9 juillet 1996 permet de restituer la chaîne des responsabilités engagées dans l’affaire Khalifa. L’article 7 du texte recense les organes habilités à constater les infractions à la législation des changes: les officiers de police judiciaire; les agents de douanes; les fonctionnaires de l’inspection générale des Finances (IGF) ; les agents assermentés de la Banque cen- trale ; les agents chargés des enquêtes économiques et de la répression</p>
<p>30. Liberté, 10 octobre 2004.</p>
<p>31. http://www.alibenouari.ch. Ali Benouari ne mentionne pas sur son curriculum vitae qu’il a été responsable de la FIBA.</p>
<p>32. M. Hachemaoui, Clientélisme et corruption dans le système politique algérien, op. cit.</p>
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<p>de la fraude33. Or, hormis les inspections effectuées par la Banque d’Algérie, aucune autre institution habilitée à constater les infractions à la législation des transferts de capitaux n’a enquêté sur le commerce extérieur du groupe Khalifa entre juillet 1998 et décembre 2002 : pas même la police judiciaire qui relève du Département du renseignement et de la sécurité ; l’appareil de la police politique faisant pourtant des enquêtes liées à la grande corruption un « domaine réservé ».</p>
<p>Il a fallu que le « scandale Khalifa » éclate en France pour que les gouvernants algériens se résignent, après un arbitrage laborieux, à lâcher, quatre mois plus tard, le tycoon Rafik Khelifa. Le Président, se rendant compte de la faillite, signe « l’ordonnance 03-01 du 19 février 2003 modifiant et complétant l’ordonnance 96-22 du 9 juillet 1996 relative à la répression de l’infraction à la législation et à la réglemen- tation des changes et des mouvements de capitaux de et vers l’étran- ger34 ». L’article 10 de ce texte de loi, revenant au principe instruit par la loi sur la monnaie et le crédit du 14 avril 1990, accorde au gouver- neur de la Banque d’Algérie la possibilité de prendre « à titre conserva- toire à l’encontre du contrevenant toutes mesures utiles à l’effet de lui interdire toutes opérations de change ou de mouvements de capitaux en provenance de et vers l’étranger». Dans l’ordonnance du 9juillet 1996, cette prérogative était exclusivement attribuée au ministre des Finances. L’article 12 de l’ordonnance 03-01, prenant acte de l’impuis- sance patente de la Banque d’Algérie à l’épreuve d’El Khalifa Bank, ajoute : « Les poursuites pénales pour infraction à la législation des changes et des mouvements de capitaux en provenance de et vers l’étranger ne peuvent être exercées que sur plainte du ministre chargé des Finances ou du gouverneur de la Banque d’Algérie ou de l’un de leurs représentants habilités à cet effet35. »</p>
<p>Au final, l’affaire Khalifa, qualifiée par le chef du gouvernement de «scandale du siècle», aurait infligé au Trésor public un préjudice financier estimé officiellement à 1,5 milliard de dollars.</p>
<p>Le « procès de la caisse principale d’El Khalifa Bank », s’il a réussi à tenir la presse en haleine tout au long du premier trimestre de l’année 2007, s’est montré en revanche conforme aux règles du jeu politique algérien ; la procédure judiciaire, viciée, consacrant, de l’instruction au jugement, tantôt les règlements de comptes, tantôt l’impunité des principaux responsables du crime économique.</p>
<p>Les failles sont multiples ; rappelons succinctement les plus impor- tantes d’entre elles. 1) Le découpage judicaire du procès. Alors que les faits, à commencer par ceux révélés par le tribunal criminel de Blida,</p>
<p>33. Journal officiel de la République algérienne, 10 juillet 1996, no 45, « Ordonnance no 96- 20 relative à la réglementation des changes et des mouvements de capitaux de et vers l’étranger », p. 10.</p>
<p>34. Ibid., 23 février 2003, no 12, p. 14-16. 35. Ibid.</p>
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<p>La corruption politique en Algérie : l’envers de l’autoritarisme</p>
<p>montrent bien que la filiale de transport aérien du conglomérat servait de couverture à l’évasion des capitaux du pays vers l’étranger, le parquet, lui, exfiltre la partie de l’affaire relative à Khalifa Airways et circonscrit le périmètre du jugement à la « caisse principale d’El Khalifa Bank». Or, seule la restitution des liens établis entre les principales filiales de la nébuleuse est en mesure de saisir le système de corruption sous-jacent à « l’opération Khalifa ». 2) Le toilettage du dossier. Celui- ci transparaît nettement dans le procès ; en atteste : l’effacement – opéré dès l’éclatement du scandale par l’administrateur provisoire installé par le gouvernement à la tête d’El Khalifa Bank36 – de certaines traces à l’instar de celles des dépôts effectués par de grandes entreprises étati- ques dans El Khalifa Bank comme cela a pu être révélé accidentel- lement au cours du procès ou encore de l’entrée par effraction dans le capital de Société générale Algérie par El Khalifa Bank ; la non-convo- cation de certains acteurs clés de l’affaire Khalifa et l’impunité de hauts responsables du conglomérat ayant des liens de parenté avec les gouvernants civils et militaires ; la convocation de ministres et autres hauts fonctionnaires à titre de « témoins », là où leurs responsabilités, établies au regard de la loi quand elles ne sont pas reconnues par le dossier de l’instruction37, les rangent dans la catégorie de « prévenus ». 3) Les règlements de compte. Ces derniers sont flagrants comme l’attes- tent le choix de boucs émissaires et l’impunité de gouvernants haute- ment responsables de la passivité institutionnelle qui a entouré les infractions répétées du groupe Khalifa.</p>
<p>La corruption en Algérie n’est ni accidentelle ni sectorielle mais procède bel et bien d’un système de gouvernement. Comment donc comprendre le fonctionnement de la corruption dans le système de pouvoir algérien ? Autoritarisme et corruption procèdent, en Algérie comme dans le reste des régimes arabes, de logiques structurantes, qui se renforcent mutuellement: tandis que l’autoritarisme prétorien implique, par-delà les métamorphoses institutionnelles, la détention de la réalité du pouvoir par un groupe restreint, l’impossibilité de lui imputer la responsabilité de ses actes, la faiblesse institutionnelle de l’État et la dirty trick politics fournissent, elles, l’environnement idéal au déploiement de la corruption politique.</p>
<p>Installation et fonctionnement du régime prétorien</p>
<p>La mainmise des prétoriens sur le régime constitue la première règle normative du jeu politique algérien. Elle ne date pas du coup d’État du 11 janvier 1992; fondatrice, elle remonte à la formation, à la fin des</p>
<p>36.Il sera hissé quelques mois plus tard à la tête de la plus grande banque publique algérienne.</p>
<p>37. Document consulté par l’auteur.</p>
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<p>années 1950, de la fameuse «Armée des frontières»: bureaucratie militaro-policière déployée aux frontières marocaines (Oujda) et tunisiennes (Ghardimaou), elle constitue le socle du régime. L’« Armée des frontières », moderne et bien équipée, parvient très vite à prendre le dessus, lors du conflit fratricide qui l’oppose, au cours de la « crise de l’été 1962 », aux forces, modestes et esseulées, des wilayas (III et IV) qui soutiennent la légalité du gouvernement provisoire de la Répu- blique algérienne. La mise en place du régime prétorien s’établit en trois temps : coup de force militaire, longtemps préparé, par l’état-major général (EMG) de l’Armée pour écarter le gouvernement provisoire de la République algérienne – le représentant de l’État indépendant en devenir, jouissant de la reconnaissance internationale et avec lequel le gouvernement français a négocié les accords d’Évian – dès les tous premiers jours de l’indépendance ; cooptation, après la prise sanglante d’Alger, d’un président et d’un gouvernement sous influence ; prise de contrôle total sur l’État à la faveur du putsch du 19 juin 1965 du minis- tre de la Défense, le colonel Houari Boumediene, ci-devant chef de l’« Armée des frontières38 ».</p>
<p>Le collège des prétoriens – qui peut tantôt rester informel et tantôt revêtir une forme organisationnelle en épousant les contours de l’état- major de l’Armée – demeure l’institution qui détient les rênes du pouvoir en Algérie. C’est la force prétorienne qui a, tour à tour, fait éclater le gouvernement provisoire de la République algérienne et porte Ahmed Ben Bella à la Présidence à l’issue de la « crise de l’été 1962 » avant de déposer celui-ci trois ans plus tard ; coopte le successeur de Houari Boumediene en janvier-février 1979 ; contraint le président Chadli à démissionner et exécute un coup d’État en janvier 1992 ; consacre sur l’autel de la violation de la Constitution un organe appelé le Haut Comité d’État ; désigne Ali Kafi au lendemain de l’assassinat, dans des conditions on ne peut plus troubles, du président du HCE, Mohammed Boudiaf, le 29 juin 1992 ; nomme le général Liamine Zeroual en janvier 1994 ; fait élire – après la démission de ce dernier – Abdelaziz Boute- flika en 1999 ; négocie depuis les plébiscites successifs du « raïs » en contrepartie du renforcement du Département du renseignement et de la sécurité, véritable État dans l’État tenu depuis la restructuration des services de la police politique en 1990 par l’indéboulonnable général des corps d’armée Mohamed Mediene dit Toufik39.</p>
<p>Informel et néanmoins réel, le système de pouvoir prétorien se décline suivant le dispositif suivant.</p>
<p>38.Voir Mohammed Harbi, le FLN, mirage et réalités, Paris, Jeune Afrique, 1980; Gilbert Meynier, Histoire intérieure du FLN, Paris, Fayard, 2002.</p>
<p>39. Mohamed Mediene, kabyle, a été, sous le patronage du directeur du cabinet présidentiel Larbi Belkheir, chef du Département des affaires de défense et de sécurité à la présidence de 1987 à fin 1988, directeur tout au long de l’année 1989 de la Direction centrale de la sécurité de l’armée, puis chef, depuis 1990, du Département du renseignement et de la sécurité.</p>
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<p>La corruption politique en Algérie : l’envers de l’autoritarisme</p>
<p>1)L’indépendance institutionnelle de l’Armée. Imposée de facto lors de l’affrontement fratricide de l’été 1962, l’autonomie organisationnelle de l’Armée s’est considérablement renforcée depuis le pronunciamiento du 19 juin 1965. Or, le coup d’État conduit par le ministre de la Défense se trouve motivé essentiellement par la volonté des prétoriens de couper court aux velléités du président Ben Bella sinon de contrôler du moins de réduire leur pouvoir, celles-ci ayant été manifestées entre autres par la nomination, sans leur consultation, d’un chef d’état-major et d’une milice. Le putsch manqué du 14 décembre 1967, qu’avait entrepris le chef d’état-major – ci-devant installé par le président déchu –, ouvre une nouvelle phase dans le renforcement institutionnel de l’Armée. Le colonel Boumediene, primus inter pares du collège des prétoriens, est contraint, pour se prémunir contre toute tentative de renversement de son pouvoir, de prendre une série de mesures: renforcer la sécurité militaire, l’appareil de la police politique qu’il rattache à son cabinet, pour exercer un contrôle très étroit entre autres sur l’Armée40 ; dissoudre le poste de chef d’état-major pour maintenir la centralisation des forces militaires à son niveau exclusif; doter l’Armée, jusqu’à l’éclatement en 1975 du conflit avec le Maroc, d’un modeste niveau d’armement pour éviter une modernisation, potentielle- ment menaçante pour son pouvoir, de l’institution militaire ; assurer la longévité des chefs militaires, sans lesquels il n’aurait pas réussi ses coups de force successifs, dans leurs structures de commandement respectives ; accorder en compensation aux chefs de régions militaires et autres membres de la coalition prétorienne des fiefs et des capitaux. Houari Boumediene, décédé le 27décembre 1978, laisse derrière lui une seule institution de gouvernement: non plus le FLN, qu’il a pris soin d’immobiliser, mais bien plutôt l’Armée. Aussi n’est-il pas surpre- nant que ce soit le collège des prétoriens, composé cette fois du patron de la police politique et des principaux hauts officiers de l’Armée, qui s’empare de la cooptation du nouveau chef de l’État : le colonel Chadli Bendjedid, inamovible chef de la deuxième région militaire depuis l’indépendance. Le FLN, réactivé pour meubler le vide politique et institutionnel dévoilé au grand jour par la succession, n’ayant plus qu’à introniser, au cours du congrès de février 1979 – le premier jamais tenu depuis 1964 –, l’élu du collège des prétoriens comme secrétaire général du parti; candidat unique, le colonel Chadli est aussitôt plébiscité président de la République à l’issue d’une « élection sans choix ». Chadli Bendjedid, président et ministre de la Défense, ne parvient pas à s’émanciper de son statut de primus inter pares. Sous son règne, l’Armée entame une nouvelle phase de son développement. Trois étapes scandent celui-ci. La réinstallation de l’état-major en 1984 tout</p>
<p>40.Entretien avec le général-major et ancien ministre de la Défense Khaled Nezzar, Alger, octobre 2010.</p>
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<p>d’abord; elle inaugure, sous le patronage de Chadli, le renforcement institutionnel de l’Armée. L’intervention militaire au cours des émeutes d’octobre 1988 ensuite ; elle rend le président tributaire de l’état-major, le commandant des forces terrestres devenant désormais ministre de la Défense moins de deux ans plus tard. L’état de siège de juin 1991, enfin, suivi de la déchéance du président six mois plus tard; elle marque l’accomplissement terminal de l’indépendance institutionnelle de l’Armée.</p>
<p>Le coup d’État du 11 janvier 1992 consacre, comme celui du 19 juin 1965, la domination de l’armée prétorienne sur l’État, le régime et la société. La force prétorienne, s’accommodant des « standards » de l’ère néolibérale, gouverne à l’ombre des façades institutionnelles. Tandis que la formule consacre le turnover des dirigeants civils, consommant trois chefs d’État en sept ans (1992-1999) – là où le régime n’en a connu que trois en trente ans d’existence (1962-1992) –, elle n’en garantit pas moins la longévité des prétoriens. L’inamovible patron de la police politique, en poste depuis 1990, a ainsi survécu à une période particulièrement sombre : spirale de violence qui a emporté plus de 100000 morts en dix ans; série d’homicides politiques ayant atteint entre autres un chef d’État, un responsable de la sécurité extérieure et des officiers supérieurs en exercice, un ex-patron de la police politique et d’anciens ministres de l’Intérieur ; turnover de six chefs d’État et treize premiers ministres ; tenue de quatre élections présidentielles et législatives41.</p>
<p>2) La réalité du pouvoir. Le pouvoir prétorien, dépassant de loin les limites du domaine militaire stricto sensu, couvre, notamment depuis le putsch du 19 juin 1965, l’ensemble des activités civiles, à commencer par la politique et l’économie. Le dispositif de pouvoir prétorien pénètre tous les pores du corps étatique. Il comprend, par-delà la cooptation des chefs d’État et de gouvernement, la conduite des grandes opérations commerciales et financières extérieures. Le contrôle de ce champ de la décision stratégique passe par la désignation aux fonctions suivantes : gestionnaires des capitaux d’État, chefs des grandes sociétés nationa- les; ambassadeurs et attachés militaires, ministres, secrétaires géné- raux et directeurs centraux des ministères de souveraineté ; responsa- bles d’antennes commerciales à l’étranger et chargés de l’intermédia- tion financière42, etc. La police politique qui a, dès avant l’indépen- dance, installé ses éléments « intouchables » dans tous les ministères, contrôle ce domaine, réservé, en permanence43. Ce champ comprend</p>
<p>41. Voir Isabelle Werenfels, Managing Instability in Algeria. Elites and Political Change since 1995, Londres, Routledge, 2007.</p>
<p>42. Ce dispositif fait l’objet depuis la fin des années 1970 d’un décret non publiable. Entretien avec Ghazi Hidouci (numéro 2 du secrétariat général du Plan dans les années 1970, chef du département économique de la présidence de 1985-1989, tête pensante du «groupe des réformateurs » et ministre de l’Économie de 1989 à 1991), Paris, novembre 2009.</p>
<p>43. Ghazi Hidouci, Algérie, la libération inachevée, Paris, La Découverte, 1995, p. 40.</p>
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<p>un deuxième chaînon, celui des «intermédiaires institutionnels»: « bandits sédentaires » liés aux dirigeants, qui tirent de colossaux béné- fices de corruption à travers le jeu des pots-de-vin et des commissions auquel donne lieu la conclusion, par l’État mono-exportateur d’hydro- carbures, des gros contrats relatifs à l’achat d’armement, d’équipement, d’usines et d’infrastructures clés en main44. Ce système de patronage et de corruption profite, depuis la libéralisation économique, aux tycoons et autres magnats du régime, ces derniers obtenant des mono- poles taillés sur mesure45. Le troisième niveau de ce dispositif de pouvoir concerne le contrôle de la chaîne de recrutement et de promo- tion, les « fiches d’habilitation » délivrées par le DRS conditionnant les nominations aux postes de responsabilité, tous secteurs confondus. Alors que la Constitution du 23 février 1989 stipule, dans son article 86, que « la durée de l’état d’urgence ou de l’état de siège ne peut être prorogée qu’après approbation de l’Assemblée populaire nationale », le maintien dix-neuf ans durant de l’état d’urgence, décrété le 9 février 1992 pour une période de douze mois seulement, en dit long sur la pré- valence –sur l’autel du viol constitutionnel– de la politique préto- rienne. Mais il y a plus : le glissement de l’état d’urgence à l’état de siège. L’arrêté interministériel non publiable du 25 juillet 1993 s’inscrit dans ce sillage : le dispositif accorde à l’Armée le pouvoir d’apprécier la menace à l’ordre public et de prendre les mesures en conséquence46. C’est dire que la levée de l’état d’urgence sous la contrainte des révoltes arabes, le 23 février 2011, ne traduit en rien le démantèlement de l’ar- senal prétorien. L’impressionnant quadrillage policier, déployé depuis pour étouffer dans l’œuf toute manifestation protestataire et pacifique, suffit à refléter la panoplie des dispositifs coercitifs dont dispose le régime autoritaire algérien.</p>
<p>3) La dirty trick politics. Ce répertoire comprend, entre autres, les manipulations, les infiltrations, les complots, l’intimidation, les purges, la torture et l’homicide politique. Les services de sécurité ont en fait une spécialité. La fin du parti unique, ne s’accompagnant pas du déman- tèlement de la police politique, consacre la dirty trick politics ; celle-ci devant, à l’ombre de l’ordre prétorien, déjouer l’émergence d’une « société politique47 ». Aussi, la politique en Algérie se révèle-t-elle</p>
<p>44. Sur les « intermédiaires », lire, outre l’ouvrage déjà cité de G. Hidouci, le témoignage de Bélaïd Abdesselam qui a été tour à tour ministre de l’Énergie et de l’Industrie entre 1965 et 1977, puis chef du gouvernement entre juillet 1992 et août 1993 : voir Mahfoud Bennoune et Ali El Kenz, le Hasard et l’histoire. Entretiens avec Bélaïd Abdesselam, Alger, ENAG, 1989, t. 2.</p>
<p>45.Sur la privatisation des entreprises publiques, voir I.Werenfels, Managing Instability in Algeria&#8230;, op. cit.</p>
<p>46. L’existence de ce texte a été révélée par la commission d’enquête sur la répression des émeutes de Kabylie d’avril-mai 2001. Le rapport de la commission présidée par le défunt juriste Mohand Issaad est disponible sur le site www.algeria-watch.org.</p>
<p>47. Le concept de « société politique » est emprunté à A. Stepan qui en fait l’une des « arènes » de la démocratisation dans son Rethinking Military Politics, op. cit. Voir aussi Juan Linz et Alfred Stepan, Problems of Democratic Transition and Consolidation: Southern Europe, South America, and Post-Communist Europe, Baltimore, Johns Hopkins University Press, 1996.</p>
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<p>La corruption politique en Algérie : l’envers de l’autoritarisme</p>
<p>truffée de manipulations: de l’«insurrection d’octobre 1988» au « complot scientifique » du FLN en 1996 en passant par la « grève insur- rectionnelle » de mai-juin 1991, la liste est longue. Le dernier exemple en date étant l’élection présidentielle d’avril 2004 : la police politique, pour crédibiliser le scrutin, est parvenue, par une manipulation politico-médiatique de très grande envergure, à accréditer la thèse de la « neutralité de l’Armée ». L’homicide politique n’est pas en reste. Entamé lors de la guerre menée par le FLN contre le MNA du père du nationalisme algérien Messali Hadj, l’assassinat politique s’impose avec le meurtre de Ramdane Abane, l’avocat de la doctrine de « la primauté du politique sur le militaire », comme un instrument de règlement des conflits. Les assassinats et les morts suspectes n’ont cessé d’émailler depuis la politique algérienne : des opposants Mohammed Khider en 1967 à Abdelkader Hachani en 2000 en passant par Krim Belkacem en 1970, Ali Mécili en 1987 et Mohammed Boudiaf en 1992&#8230;</p>
<p>La corruption politique</p>
<p>La survie puis la consolidation du régime prétorien avaient un coût : l’institutionnalisation de la corruption politique. Dans un contexte marqué par les conflits de répartition du pouvoir et de la richesse, l’allocation corrompue des ressources de l’État permet aux prétoriens d’atteindre un objectif politique impérieux : obtenir le silence sinon la complicité des anciens acteurs de la guerre d’indépendance dont la réaction après leur mise à l’écart pouvait être nuisible à la stabilité du régime. La concurrence sur le partage des prébendes se pose, face à la répression politique et à l’institutionnalisation de la peur et de l’insécu- rité des élites, comme le seul jeu admis par le système, the only game in town. La nationalisation des intérêts étrangers et l’appropriation du parc de logements et de biens immobiliers colonial fournissent aux prétoriens, qui contrôlent les principaux ministères de souveraineté, un précieux butin de guerre. Les mouvements de fonds et de biens que rendent possibles l’appropriation du patrimoine colonial, d’une part, et la réorganisation étatique des circuits financiers et commerciaux qu’implique la «nationalisation» d’actifs internes et externes, de l’autre, permettent, par le patronage et l’influence, d’opérer le premier transfert de richesses de l’Algérie indépendante. L’opération de répar- tition des prébendes, qui dure jusqu’au début des années 1970, est sous le contrôle des services de la sécurité militaire48. Les clients cooptés qui obtiennent, à bas prix, droits d’acquisition et concessions, forment le premier noyau du secteur privé. Celui-ci est constitué pour l’essentiel</p>
<p>48. Entretien avec G. Hidouci, Paris, novembre 2009, mai 2011. Mohammed Harbi, l’Algérie et son destin, Paris, Arcantères, 1992.</p>
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<p>La corruption politique en Algérie : l’envers de l’autoritarisme</p>
<p>d’anciens chefs maquisards, seigneurs de guerre, marchands d’armes et leurs parentèles respectives. Ces derniers sont ainsi dotés de capi- taux et incités, en violation de la doctrine officielle du régime « socia- liste », à s’enrichir dans le privé. La corruption politique concerne, aussi, l’élite militaire en place. Le groupe dirigeant, craignant les tenta- tives de putsch, est contraint – notamment depuis le « coup manqué » de décembre 1967 – de céder aux chefs des régions militaires des fiefs et des circuits d’enrichissement en compensation de la monopolisation grandissante du pouvoir réel.</p>
<p>La corruption, loin d’être occasionnelle ou marginale, s’est posée, bien avant l’avènement de l’ère pétrolière en 1971-1973, comme un mécanisme de régulation des conflits, un marché de substitution à la participation politique, une compensation économique à l’exclusion du pouvoir, un dispositif de contrôle, bref une ultima ratio pour adoucir l’ordre prétorien en permettant de récompenser les fidèles, compromet- tre les concurrents et corrompre les opposants. La corruption permet, en tant que telle, d’atteindre des objectifs politiques cruciaux pour le régime: offrir une compensation financière à ceux qui ont été exclus du pouvoir afin de prévenir la prise de parole ; renforcer la vulnérabilité et la dépendance des acteurs à l’égard du centre; fragmenter et domestiquer l’élite stratégique ; couper l’élite dirigeante des masses et discréditer les concurrents aux yeux du peuple. Ce mode de gouverne- ment est actionné à chaque succession. Il en est ainsi du fameux épisode de la Cour des comptes – appelée par l’humour populaire « cour des règlements de comptes » – à travers laquelle le « nouveau régime » a sacrifié au début des années 1980 quelques figures de l’ère Boume- diene dont Bouteflika. Il en est de même du procès de l’ancien compa- gnon du président Chadli, le général Belloucif, dans la foulée du coup d’État de janvier 1992. Il en est de même des « scandales » de corrup- tion de Betchine, général et conseiller présidentiel, surgis quelques semaines avant la démission du président Zeroual en septembre 1998.</p>
<p>La corruption politique nécessite, en tant que système de gouverne- ment, plusieurs rouages.</p>
<p>Un pouvoir qui ne rend aucun compte</p>
<p>Le régime politique algérien est un système de gouvernement propre- ment non responsable : ses dirigeants effectifs ne sont pas contraints à rendre des comptes. Ce mode de gouvernement, au fondement du systè- me politique depuis l’indépendance, est très résistant: en effet, si le régime a substitué le « multipartisme » au « parti unique », il se refuse toujours à substituer la reddition des comptes (accountability) à la non- imputabilité.</p>
<p>L’organisation, tous les cinq ans depuis 1997, de « législatives pluri- partistes » sert moins à institutionnaliser la responsabilité politique du gouvernement vis-à-vis du parlement qu’à se doter de façades insti-</p>
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<p>La corruption politique en Algérie : l’envers de l’autoritarisme</p>
<p>tutionnelles démocratiques et offrir, en guise de « pluralisme limité », d’étroites avenues de participation et de capture des bénéfices de la rente à la population à travers la mobilisation de réseaux clientélistes49. Aussi, en dépit des préjudices financiers colossaux engloutis dans les affaires de corruption survenues en cascade ces dernières années, le parlement, contrôlé en amont et en aval, n’a-t-il jamais constitué de commissions d’enquête pour tenter de faire la lumière sur les respon- sabilités engagées dans ces entreprises corruptives. Ce n’est pas tout : alors que les cours du brut sont passés de 40dollars/baril en 2004 à 80 dollars/baril en 2007, les lois de finances des années 2004 à 2007 ont été élaborées sur la base d’un prix de référence du baril de pétrole à 19 $ seulement ! Alors que les cours annuels du pétrole oscillent en moyenne entre 60 et 75 dollars le baril ces deux dernières années, les lois de finances de cette même période sont calculées, elles, sur la base d’un baril à 37 dollars. Si un instrument, le Fonds de régulation des recettes (FRR), a été institué en 2000 pour capter le différentiel entre les revenus prévisionnels et les revenus réels d’exportation des hydrocarbures, et servir à rembourser la dette extérieure du pays, sa gestion se fait en revanche dans une totale opacité. Au moment où le parlement s’apprêtait à adopter, en décembre 2006, la loi de finances de 2007, les réserves du fonds de régulation des recettes avaient atteint officiellement 40 milliards de dollars&#8230;, soit l’équivalent du budget officiel. Alors que le FRR, échappant à tout contrôle, s’apparente désormais à une immense caisse noire, jamais le parlement – dans lequel siègent des «partis d’opposition» – n’a exigé des comptes au gouvernement au sujet de la gestion de ce fonds. Les députés, élus dans le cadre d’« élections pas comme les autres », ont vu leurs indemnités augmenter en septembre 2008 – soit un mois à peine avant l’amende- ment constitutionnel par lequel le raïs a fait sauter le verrou de la limitation, à deux, des mandats présidentiels – de 300 % pour atteindre 300 000 dinars/mois, le smig étant, lui, de 12 000 dinars (120 euros50).</p>
<p>L’institutionnalisation des monopoles</p>
<p>Les gouvernants algériens, exerçant les pouvoirs d’État sans contrôle ni imputabilité, ont érigé ou pris possession de multiples monopoles. La jouissance de ces monopoles commerciaux connaît deux phases. La première couvre l’époque de l’économie dirigée. La maîtrise des «barons» du régime sur les monopoles passe durant les années de «socialisme» par le contrôle sur les tutelles ministérielles et les</p>
<p>49. M. Hachemaoui, « La représentation politique en Algérie. Entre clientélisme et prédation », Revue française de science politique, février 2003, vol. 53, no 1, p. 35-72.</p>
<p>50. Le RCD de Saïd Saadi, qui avait menacé de quitter l’Assemblée dans le cas où le pouvoir refuserait de convoquer des observateurs internationaux pour superviser l’élection présidentielle de 2009 et appelé dans la foulée du « printemps arabe » à la chute du régime, siège toujours à la chambre basse du parlement.</p>
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<p>La corruption politique en Algérie : l’envers de l’autoritarisme</p>
<p>grandes entreprises publiques. Le gouvernement conduit par le « groupe des réformateurs » entre le 9 septembre 1989 et 4 juin 1991 se donne pour objectif quasi déclaré le démantèlement des assises de ce système de monopoles. Plusieurs mesures sont engagées dans cette perspective : l’adoption par référendum quatre mois après les émeutes d’octobre 1988 d’une Constitution qui consacre les principes de l’État de droit ; l’insti- tutionnalisation de l’indépendance de la Banque d’Algérie à travers, entre autres, la gestion autonome des transactions sur les capitaux ; la suppression des « fiches d’habilitation » établies par la police politique ; la mise en œuvre de l’autonomie des entreprises publiques vis-à-vis des tutelles ministérielles ; la suppression des monopoles d’importation ; la création de l’Observatoire du commerce extérieur ; la tentative d’au- diter les comptes de Sonatrach par des organismes internationaux, etc.</p>
<p>Ces mesures, en s’attaquant aux leviers de la corruption politique, déclenchent l’hostilité des maîtres du système. Ces derniers parvien- nent, par le truchement de la dirty politics et l’intervention derechef de l’Armée le 4 juin 1991, à faire échec à l’entreprise de sortie du régime de corruption autoritaire. L’avortement de la réforme du système de rente et de corruption en juin 1991 ouvre la voie à la restauration préto- rienne, la privatisation de la violence, l’affaiblissement institutionnel et la corruption politique.</p>
<p>Les prétoriens rentiers, au moment de la chute des cours du pétrole, expérimentent une nouvelle ressource: la rente stratégique. Les faucons, agitant les spectres du «péril vert», parviennent à obtenir, avec l’appui du gouvernement français, acquis à la thèse du « fascisla- misme», un programme d’ajustement structurel du FMI. Les finance- ments exceptionnels permettent, au moment où l’économie algérienne est désormais sous influence de réseaux de « bandits sédentaires et vagabonds », d’injecter de 1994 à 1998, 22 milliards de dollars51.</p>
<p>Alors que la compétition pour la capture des pouvoirs d’État fait rage entre les prétoriens, les monopoles changent de statut, passant du secteur public aux magnats privés. L’appareil commercial des mono- poles est ainsi remplacé par des oligopoles directement liés aux princi- paux chefs prétoriens. Le marché des importations, qui représente, durant ces années de violence, entre 10 et 11milliards de dollars, tombe ainsi sous le contrôle d’hommes d’affaires liés à l’élite militaire et civile de l’État prétorien52. Les gouvernants, jouissant d’un pouvoir non contrôlable et non imputable, érigent, à l’ombre de l’extraversion de l’économie et de la privatisation de la violence, des oligopoles commerciaux grâce auxquels ils sont très rapidement devenus, l’insé-</p>
<p>51. G. Hidouci, « L’Algérie peut-elle sortir de la crise ? », Maghreb-Machrek, juillet-septembre 1995, no 149, p. 33.</p>
<p>52.Voir Bradford Dillman, State and Private Sector in Algeria. The Politics of Rent-Seeking and Failed Development, Boulder, Westview Press, 2000.</p>
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<p>curité favorisant la prédation rapace, de puissants (protecteurs de) magnats dans l’importation qui des produits alimentaires, qui du médi- cament, qui des matériaux de construction, etc. Les marchés d’impor- tation sont ainsi répartis entre prétoriens au gré des rapports de force.</p>
<p>Le marché des produits pharmaceutiques est un exemple arché- typique. Contrôlé jusqu’au début de la décennie 1990 par trois sociétés publiques, l’importation des médicaments se voit dominée, à partir de 1995, à 85 %, par une dizaine d’importateurs étroitement liés aux chefs prétoriens53. Les exemples ne manquent pas : Mustapha Ait Adjedjou, patron du Laboratoire pharmaceutique algérien, est réputé par son «amitié» avec le chef d’état-major de l’Armée Mohamed Lamari; l’homme d’affaires fournit par ailleurs équipements et services aux forces militaires ; la compagnie privée Errahma, appartenant à son fils, assure la surveillance électronique de Sonatrach54. Apotex appartient à la famille du général Mohamed Ghenim, secrétaire général du minis- tère de la Défense. Pharmalliance est l’entreprise de la fille du redouta- ble général-major Smaïn Lamari, patron de la direction du contre- espionnage (décédé en 2009). KRG appartient à Rafik Abdelmoumène Khelifa, comme on l’a vu. Il en est de même des fils du général-major en retraite Ali Bouhadja et du ministre de l’Intérieur Mostefa Benman- sour55 ; de la fille du colonel Ali Tounsi, patron de la police assassiné en 2010, et du fils du général Ghreïb56.</p>
<p>Le marché de l’importation des produits agro-alimentaires n’est pas en reste. Le général Mohamed Bétchine, ministre-conseiller du chef de l’État (1994-1998), contrôle, à travers les lignes de crédits généreuse- ment alloués par une banque publique (CPA) à sa société GERIC – spé- cialisée au départ dans les travaux publics – une bonne part de l’import des pâtes alimentaires57. CEVITAL, groupe familial qui comprend une vingtaine de filiales créées depuis le début des années 1990, appartient à Issaad Rebrab, homme d’affaires kabyle. Rebrab, bénéficiant, grâce à l’appui d’influents généraux kabyles, d’un généreux financement public en devises et de faveurs fiscales taillées sur mesure, fait fortune depuis les années 1992-1993 dans le très lucratif secteur de l’impor- tation58 (du rond à béton, du sucre, du blé dur et des véhicules). Le groupe familial occupe, grâce à ces appuis, une position dominante dans les secteurs économiques les plus rentables (l’agro-alimentaire, la concession automobile, l’électroménager, etc.). Issaad Rebrab, fort de ces appuis, pouvait ainsi déclarer dans le très influent journal El</p>
<p>53. B. Dillman, State and Private Sector in Algeria&#8230;, op. cit., p. 95.</p>
<p>54. Maghreb Confidentiel, 16 janvier 1997 cité par B. Dillman, State and Private Sector in Algeria&#8230;, op. cit., p. 149.</p>
<p>55. Djilali Hadjaj, Corruption et démocratie en Algérie, Paris, La Dispute, 1999, p. 170. 56. El Watan économie, 19 septembre 2005. 57. Djilali Hadjaj, Corruption et démocratie en Algérie&#8230;, op. cit., p. 186. 58. Entretien avec Abdesselam Bélaïd (chef du gouvernement entre juillet 1992 et août 1993),</p>
<p>Alger, mai 2003.</p>
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<p>La corruption politique en Algérie : l’envers de l’autoritarisme</p>
<p>Khabar du 26 avril 2003, avoir bénéficié, grâce à l’intervention d’un «grand général», d’un abattement fiscal de quelque 2 milliards de dinars, soit près de 200 millions d’euros. CEVITAL – accusé publique- ment par le ministre du Commerce et le secrétaire général du FLN, tous deux apparentés au groupe Bouteflika, d’être « à l’origine du déclenche- ment des émeutes » qui ont éclaté dans le pays au début de janvier 2011 des suites du renchérissement des prix de l’huile et du sucre– détient, au terme d’une décennie de faveurs et de patronage, des parts de marché estimées à près de 65 % pour l’huile et 70 % pour le sucre raffiné59 – le tiers restant étant partagé pour l’essentiel par trois privés proches du «clan présidentiel» dont le moins important d’entre eux n’est pas Kouninef. Or cette situation monopolistique est en flagrante violation de la loi qui plafonne la « concentration » des ventes en biens et services effectuées sur le marché intérieur à 40 %60.</p>
<p>L’affaiblissement institutionnel de l’État</p>
<p>La faiblesse des institutions n’est donc pas seulement un effet per- vers à l’allocation des bénéfices de la rente à la population, mais aussi, et surtout, un effet recherché par des gouvernants kleptocrates pour mettre leurs «affaires» à l’abri de toute velléité de contrôle. Le bras de fer remporté par les prétoriens sur les réformateurs du régime en juin 1991 marque à ce titre un moment déterminant dans le processus d’affaiblissement institutionnel de l’État et par conséquent dans la survie du système de corruption.</p>
<p>Les prétoriens, ne se contentant pas de reprendre le contrôle du gou- vernement, des banques publiques et des douanes, entreprennent, dans le sillage du coup d’État du 11 janvier 1992, l’évidement du dispositif institutionnel mis en place par le «groupe des réformateurs» – entre janvier 1988 et juin 1991. Au moment où le contrôle de l’économie algérienne passe – notamment depuis la libéralisation du commerce extérieur et l’application du programme d’ajustement structurel en avril 1994 – des monopoles publics aux oligopoles privés, les prétoriens, qui détiennent les rênes du pouvoir, mettent en place un dispositif d’affai- blissement des institutions de contrôle et d’imputabilité. Deux cibles stratégiques sont visées en priorité : la Banque d’Algérie et le Centre national d’observation des marchés extérieurs et des transactions commerciales du ministère de l’Économie61.</p>
<p>59. http://www.maghrebemergent.info/politiques-publiques/64-algerie/1820-pour-rebrab-les- mesures-ferons-baisser-les-prix-avec-un-mais.html</p>
<p>60. Tandis que l’article 12 de l’ordonnance 95-06 du 25 janvier 1995 relative à la concurrence plafonne le seuil de concentration à 30 % (Journal officiel de la République algérienne, 22 février 1995, no 09, p. 13), l’article 18 de l’ordonnance 03-03 du 19 juillet 2003 relative à la concurrence élève ce plafond à 40 % (Journal officiel de la République algérienne, 20 juillet 2003, no 43, p. 24).</p>
<p>61. La structure, créée par le ministre de l’Économie, est plus connue sous le nom d’Observa- toire du commerce extérieur.</p>
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<p>La corruption politique en Algérie : l’envers de l’autoritarisme</p>
<p>Les réformateurs, pour assainir les finances publiques et mettre terme à l’arbitraire monétaire du gouvernement, élaborent le texte de loi relatif à la monnaie et au crédit ; la loi du 14 avril 1990, annulant la législation antérieure qui subordonnait l’institut d’émission au gou- vernement, instaure, en rupture avec les règles du jeu établies, l’auto- nomie et l’indépendance de la Banque d’Algérie62. La loi, véritable pièce maîtresse des réformes, stipule dans son article 20 que le gouver- neur est nommé (pour un « mandat » de six ans) et relevé de ses fonc- tions (pour « incapacité dûment constatée ou faute grave ») par décret du président de la République63. Six mois après le putsch de janvier 1992, le gouverneur de la Banque d’Algérie, nommé le 15 avril 1990, est limogé par le pouvoir de fait le 21 juillet 1992, en flagrante violation non plus seulement de la loi relative à la monnaie et au crédit mais aussi de la Constitution. Ce n’est pas tout : alors que l’économie s’ouvre à l’international et que le contrôle du marché des importations – qui représente alors entre 10 et 11 milliards de dollars – fait l’objet, à l’ombre des luttes de pouvoir et de la privatisation de la violence, d’un partage de fiefs entre patrons, les gouvernants décident coup sur coup : de dissoudre, dès février 1992, l’Observatoire instauré deux ans plus tôt par les réformateurs pour combattre la corruption qui gangrène le commerce extérieur du pays ; de désarmer la banque des banques, en dépossédant, à travers «l’ordonnance 96-22» du 9 juillet 1996, le gouverneur de la Banque d’Algérie de la double prérogative de prendre des mesures conservatoires et de porter plainte pour infraction à la réglementation des changes et transferts de capitaux au profit du minis- tre des Finances – nommé et révoqué par le collège des prétoriens64. Une ordonnance présidentielle en date du 27 février 2001 achève d’évider la loi sur la monnaie et le crédit : le texte, en abrogeant le «mandat» du gouverneur, complète le processus d’affaiblissement institutionnel programmé de la banque des banques65.</p>
<p>La régulation de la concurrence est un autre indicateur de l’affai- blissement programmé des institutions étatiques. Le chef de l’État Liamine Zeroual, voulant, dans son bras de fer avec le collège des prétoriens qui l’a coopté, combattre les monopoles des tycoons, institue, en janvier 1995, le Conseil de la concurrence. L’organe, qui jouit de l’« autonomie administrative et financière », peut « se saisir d’office ou</p>
<p>62. Journal officiel de la République algérienne, 18 avril 1990, no 16, loi 90-10 relative à la monnaie et au crédit.</p>
<p>63. Ibid., articles 20 et 22, p. 452.</p>
<p>64. Ordonnance no 96-22 correspondant au 9 juillet 1996 relative à la répression de l’infraction à la législation et à la réglementation des changes et des mouvements de capitaux de et vers l’étranger, Journal officiel de la République algérienne, 10 juillet 1996, no 43, p. 8-10. Quatre ministres des Finances se sont succédé entre 1996 et 2001, là où le mandat du gouverneur de la Banque d’Algérie est de six ans.</p>
<p>65. Ordonnance 01-01 du 27 février 2001 modifiant et complétant la loi no 90-10 du 14 avril 1990 relative à la monnaie et au crédit, Journal officiel de la République algérienne, 28 février 2001, no 14, p. 4-5.</p>
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<p>La corruption politique en Algérie : l’envers de l’autoritarisme</p>
<p>être saisi par tout agent économique » pour se prononcer sur les prati- ques de la concurrence. Après examen des affaires en question, l’insti- tution est désormais habilitée à prendre des « mesures de fermeture provisoire des établissements objet de litige ». L’article 24 de l’ordon- nance précise que le Conseil de la concurrence a la prérogative d’enga- ger « toute autre mesure en vue de faire cesser la pratique anticoncur- rentielle [...], le cas échéant la transmission du dossier au procureur de la République territorialement compétent, aux fins de poursuites judiciaires66 ». Le Conseil de la concurrence dont le rapport annuel est, comme le stipule l’article 17 du texte, rendu public un mois après sa transmission au président de la République et à l’Assemblée, n’a jamais vu le jour ! Otage des rapports de force entre la Présidence et le DRS, le Conseil de la concurrence est depuis vidé de ses prérogatives : placé en juillet 2003 sous la coupe du chef du gouvernement avant de se voir confié en juillet 2008 au ministre du Commerce, l’organe, qui n’existe que sur le papier, a brillé par son absence lors de la crise dite des prix de l’huile et du sucre – qui a servi de prétexte au déclenchement des « émeutes » de janvier 2011.</p>
<p>La faiblesse de la classe politique et de la société civile</p>
<p>En Algérie, où l’état d’urgence instauré dans la foulée du coup d’État de janvier 1992 demeure encore en vigueur, les affaires de (grande) corruption n’ont suscité ni démission(s), ni commission(s) d’enquête parlementaire. La révélation des «scandales de corruption» dans la presse privée algérienne donne pourtant l’impression de l’existence sinon d’un espace public libre, du moins d’un journalisme d’investiga- tion indépendant. À la vérité, le feuilleton des « affaires de corruption » reflète moins les percées d’une presse libre que le rapport de force entre les deux principaux centres du régime : le DRS, qui exerce le monopole des enquêtes liées à la grande corruption, et le président Bouteflika, qui, élu à l’issue d’« élections pas comme les autres » et affaibli par l’implication de ses proches dans des affaires de grande corruption, n’est parvenu ni à prendre le contrôle sur la police politique ni à consti- tuer un appareil présidentiel d’investigation. Le surgissement des «scandales», loin de refléter l’essor d’une presse indépendante, sert au contraire de substitut à l’absence d’une classe politique et d’une société civile fortes et autonomes.</p>
<p>À l’heure où les réformateurs orientent le régime vers la sortie de l’autoritarisme, les faucons, qui s’opposent farouchement au « retour de l’Armée aux casernes », s’emploient à travers l’appareil de la police politique, à contrôler le passage du parti unique au multipartisme. Écoutons le témoignage de Sid Ahmed Ghozali, chef du gouvernement</p>
<p>66. Ordonnance 95-06 du 25 janvier 1995 relative à la concurrence, déjà citée, p. 15.</p>
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<p>La corruption politique en Algérie : l’envers de l’autoritarisme</p>
<p>de juin 1991 à juillet 1992: «Tous les partis, hormis le FFS, sont la création des décideurs [...] même une partie du FIS relevait des décideurs67.» L’allié des prétoriens sait de quoi il en retourne: deux membres fondateurs du FIS – parti agréé en violation de la loi trois jours avant la nomination du gouvernement des réformateurs – ayant fait partie de son équipe gouvernementale : Saïd Guechi, responsable de l’organique du mouvement islamiste en qualité de ministre du Travail et Ahmed Merani, membre du Majliss Echoura du « parti de Dieu », en qualité de conseiller, ce dernier devenant un an plus tard ambassadeur en Arabie saoudite&#8230; L’état d’urgence instauré avec la caution des « républicains » achève le reste : le laminage de la société politique ébauchée par le FLN des réformateurs Mehri et Hamerouche, le FFS de l’opposant historique Aït Ahmed et le FIS du modéré Hachani.</p>
<p>Les « enquêtes de corruption », révélées par la presse algérienne en 2010 sous la bannière enchantée d’une campagne « mains propres », ne dérogent pas aux règles du jeu politique algérien : menées par la police politique et non par une justice indépendante, elles ciblent exclusive- ment le « clan Bouteflika » – soupçonné de manœuvrer pour prendre le contrôle du DRS – tout en épargnant scrupuleusement les secteurs contrôlés par les prétoriens. Ces « scandales », s’ils rappellent l’épisode antérieur à la démission du président Zeroual en septembre 1998 ou encore celui de la « cour des règlements de comptes » du début de l’ère post-Boumediene, n’en révèlent pas moins un fait majeur : l’ampleur de la corruption en Algérie n’est ni conjoncturelle ni sectorielle ; institu- tionnelle et généralisée, elle colonise l’État, s’impose aux acteurs comme norme contraignante et procède d’un système de gouvernement.</p>
<p>Aussi n’est-ce pas étonnant que le « programme de réformes » annon- cé par le pouvoir algérien dans le sillage du « printemps arabe » ait fait l’impasse sur la question centrale du système de corruption. La remise en selle, à partir des émeutes de janvier 2011, du Haut Conseil de sécurité, l’organe dans lequel siègent les principaux chefs militaires et civils, traduit les tendances lourdes du régime : un président diminué (autant par la maladie que par les affaires de corruption qui éclabous- sent son «clan») et en bout de course; des prétoriens, détenant la réalité du pouvoir, à la manœuvre68. Les prétoriens, observant avec satisfaction la reprise en main, par l’Armée, du processus politique subséquent à la chute du raïs Moubarak, semblent, malgré les frictions internes qui se manifestent çà et là, s’acheminer vers un compromis : préparer l’après-Bouteflika pour opérer un renouvellement génération- nel de l’élite dirigeante et reconfigurer le système en surface sans toucher aux fondamentaux.</p>
<p>67. Interview de Sid Ahmed Ghozali à El Khabar Hebdo, 20-26 juillet 2002, no 177.</p>
<p>68. Sur les rapports entre président et prétoriens, voir M. Hachemaoui, « Permanences des règles du jeu politique en Algérie », art. cité.</p>
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<p>La corruption politique en Algérie : l’envers de l’autoritarisme</p>
<p>La corruption qui se répand en Algérie à l’instar des autres pays arabes, n’étant dépendante ni d’une « culture » intemporelle, ni d’une « ressource » naturelle, pas davantage d’une « transition » économique, relève en dernier ressort d’un système de gouvernement : tandis que la logique corruptive participe dès les indépendances d’un marché de substitution à la participation et à la contestation, les régimes auto- ritaires arabes s’avèrent n’être désormais guère plus en mesure de fonc- tionner sans corruption. Une tension potentiellement déstabilisatrice travaille cependant ce système en profondeur : le répertoire de la cor- ruption politique permet certes la domestication des élites (par le système de prébendes), la neutralisation des conflits de classe (à travers les réseaux clientélaires verticaux de distribution des bénéfices), mais le système de corruption, qui préside à l’allocation des ressources sinon à l’implémentation des programmes de développement, accroît, lui, les inégalités sociales et génère le mal-développement, lesquels nourrissent la prise de parole et la défection.</p>
<p>Les révoltes populaires que connaît le monde arabe depuis le début de l’année confortent cette hypothèse : les deux configurations tuni- sienne et égyptienne révèlent d’une part les liens structurels entre corruption et autoritarisme, de l’autre, la centralité qu’occupe la question de la corruption dans le discours protestataire.</p>
<p>Mohammed Hachemaoui</p>
<p>135</p>
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		<title>UN point de vue israélien La déclaration de Doha et la mentalité palestinienne. par Yisrael Harel</title>
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		<pubDate>Wed, 15 Feb 2012 10:26:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Joseph Meidan</dc:creator>
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		<description><![CDATA[I don&#8217;t know what developments the Doha declaration will generate at the internal Palestinian level. It certainly won&#8217;t produce peace between Israel and the Palestinians. When Israeli Prime Minister Binyamin Netanyahu declared that Palestine Liberation Organization Chairman Mahmoud Abbas (Abu&#8230; <br /><a href="http://www.forumforpeace.com/2012/02/english-an-israeli-view-the-doha-declaration-and-the-palestinian-mindset-by-yisrael-harel/" class="btn-std"><span class="readmore">Lire l'article</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><span>I don&#8217;t know what developments the Doha declaration will generate at the internal Palestinian level. It certainly won&#8217;t produce peace between Israel and the Palestinians. When Israeli Prime Minister Binyamin Netanyahu declared that Palestine Liberation Organization Chairman Mahmoud Abbas (Abu Mazen) &laquo;&nbsp;chose Hamas over peace&nbsp;&raquo; this was a correct yet trivial statement.</span></p>
<p>Abu Mazen&#8217;s act of adopting the Hamas refusalist strategy toward Israel did not begin last week when he embraced Hamas politburo head Khaled Meshaal in Doha. He has actually long adhered to this strategy&#8211;but unlike Meshaal, cleverly and &laquo;&nbsp;gracefully&nbsp;&raquo;. When it comes to Israel, Meshaal at least speaks his mind. &laquo;&nbsp;Moderates&nbsp;&raquo; like Abu Mazen say one thing but think another. In statements intended for western and Israeli public opinion, he exudes the desire for peace. But when decisiveness is called for, the real objective emerges&#8211;the struggle to eliminate the Jewish-Zionist state&#8211;and there is no real difference between the two leaders and their organizations.</p>
<p>Abu Mazen has proven in recent years that he doesn&#8217;t need Hamas in order to avoid all contact with Israel and refuse to accept every peace proposal it has made. Countless such proposals have been presented by nearly every Israeli prime minister. Abbas&#8217; choice is to flee from peace. If you like, the Doha declaration merely adds a visual, ceremonial imprimatur.</p>
<p>Prime Minister Ehud Olmert agreed in 2008 to near-total Israeli withdrawal from the occupied territories. He was prepared to forego most of Jerusalem, including Jewish holy places, and compensate the Palestinians for the so-called &laquo;&nbsp;settlement blocs&nbsp;&raquo; with territory inside sovereign Israel. But Abu Mazen fled. He disappeared.</p>
<p>Most Israeli experts who deal with the Palestinians and the Arab world have adopted the concept, which over time some have turned into a political philosophy, that Fateh and its leader Abu Mazen have truly changed and genuinely seek peace with Israel. (Before Abu Mazen came Arafat, which really proves how badly the experts&#8217; political philosophy has distorted their judgment.) If peace does not materialize, it is Israel with its refusal to withdraw from the occupied territories that bears primary responsibility; after all, haven&#8217;t the Palestinians declared their allegiance to peace? It is the remnants of this approach that we are hearing in the experts&#8217; analysis of the latest development in Doha and particularly their criticism of Netanyahu for hastening to condemn the Doha declaration.</p>
<p>But even if the experts are hard put to free themselves of their political philosophy&#8211;however quietly they now speak of it&#8211;most of the Israeli public apparently has. This is a slow process, not a sudden let-down. One of the symptoms is the public&#8217;s low level of interest, bordering on indifference, regarding the &laquo;&nbsp;dramatic&nbsp;&raquo; Doha agreement.</p>
<p>Arabs argue that Jews don&#8217;t understand their mentality and that this is yet another reason why peace evades us. True, and not true. Most Jews indeed do not and apparently never will understand how Abu Mazen can embrace Khaled Meshaal, the man responsible for the cold-blooded murder of hundreds of Fateh activists in Gaza. This didn&#8217;t happen somewhere back in the middle of the last century, with memories of the event gradually fading. It was only a short while ago that we watched on our TV and computer screens how Hamas threw Fateh activists from roofs of high buildings in Gaza, while reports flowed in of murder by torture in Gaza prisons. Then there were the cruel vengeance attacks by Abu Mazen&#8217;s people against Hamas activists in the West Bank. And now? Smiles and embraces. Are we liable to be accused of prejudice if we note that we will probably witness totally reversed displays sometime in the near future?</p>
<p>(Incidentally, I don&#8217;t understand our own mentality in this respect either: Jews are now groveling to Germans and crawling on all fours to Berlin. Berlin! The German capital is now a favorite city for Israelis to live in, particularly youth who worship &laquo;&nbsp;freedom and progress&nbsp;&raquo;.).</p>
<p>So it required a certain mindset to agree to sign the Doha understandings. And thanks to the same mindset, those understandings will probably last, as the Yiddish joke goes, from the Fast of Esther until Purim, which occurs the very next day and is the ultimate Jewish holiday of mirth, when everyone dons a costume and is permitted to get drunk.</p>
<p>For Israelis, the lesson is simple: even if you have an agreement with the Palestinians, there is no chance it will last. The proof is the suicide bombings and related atrocities that shed so much Israeli blood. They commenced before the ink had even dried on Arafat&#8217;s signature to the Oslo agreements.-<em>Published 13/2/2012 © <a href="http://bitterlemons.org/" target="_blank">bitterlemons.org</a></em></p>
<p><span><span><em>Yisrael Harel heads the Institute for Zionist Strategy in Jerusalem and writes a weekly political column in Haaretz. He founded the Yesha Council (Council of Jewish Settlements in Judea, Samaria and the Gaza District) and headed it for 15 years.</em></span></span></p>
<p>&nbsp;</p>
<div><span class="Apple-style-span" style="color: #222222; font-family: arial, sans-serif; line-height: normal; font-size: 13px;"><span style="font-family: verdana; font-size: 12px;"><em><br />
</em></span></span></div>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Un point de vue palestinien Mettre Doha dans le contexte. par Hani al-Masri</title>
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		<pubDate>Wed, 15 Feb 2012 10:24:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Joseph Meidan</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>

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		<description><![CDATA[The signing of last May&#8217;s reconciliation agreement would likely not have been possible without the shifting of various Arab, regional and international factors that were hampering reconciliation. The fall of Egyptian President Hosni Mubarak, who was committed to Israeli and&#8230; <br /><a href="http://www.forumforpeace.com/2012/02/un-point-de-vue-palestinien-mettre-doha-dans-le-contexte-par-hani-al-masri/" class="btn-std"><span class="readmore">Lire l'article</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><span>The signing of last May&#8217;s reconciliation agreement would likely not have been possible without the shifting of various Arab, regional and international factors that were hampering reconciliation. The fall of Egyptian President Hosni Mubarak, who was committed to Israeli and United States conditions on Palestinian reconciliation for fear of strengthening Hamas&#8217; ally, the Egyptian Muslim Brotherhood (the main threat to his rule), as well as the active opposition in Syria have positively influenced efforts to end Palestinian division and restore unity.</p>
<p>The Doha declaration should be seen in this context, i.e., in view of regional variables such as events in Egypt and the struggle in Syria, where the future remains unclear and could see civil war, sectarianism and partition, the reaching of a compromise, or the fall of the regime.</p>
<p>The obvious relationship of the Doha declaration to the conflict in Syria is that Qatar is leading Arab and international efforts to pressure the Syrian regime. Qatar sponsored the Doha talks and eclipsed Egypt in its long support of Palestinian dialogue that successfully culminated in the signing of the Egyptian paper on May 4 last year. The only way to understand the Doha declaration is that it is part of Arab and international efforts to resolve the situation in Syria, drawing Hamas away from the rejectionist axis&#8211;Iran in particular&#8211;and including it in the axis of moderation.</p>
<p>The declaration includes Hamas head Khaled Meshaal&#8217;s agreement that President Mahmoud Abbas (Abu Mazen) lead an interim government of national reconciliation, a change from the previous Egyptian paper that provides for the formation of a government of independent technocrats. If the dispute inside Hamas that resulted from the agreement is resolved, then Abu Mazen, who is accepted by the Arabs, the international community and Israel and who declares day and night his commitment to bilateral negotiations and by inference the Quartet conditions, will head the next government.</p>
<p>Supposedly, opponents of the Doha declaration in Hamas are bothered most by this decision because it defies the Palestinian Basic Law (which, we might add, is already being ignored on every front). This problem can be resolved easily, however, by calling the legislature into session and changing the terms of the Basic Law to allow for the joining of the posts of Palestinian Authority president and prime minister. The supreme national interest should be more important than laws that have already been discarded by the factional division of the West Bank and Gaza Strip.</p>
<p>But this means that the head of Fateh, Hamas&#8217; rival for the leadership of Palestinian people, would lead a government of reconciliation. It is clear that the dispute within Hamas is not over giving a green light to the Palestine Liberation Organization&#8217;s political program, but rather over Abu Mazen&#8217;s continued leadership at this time of Islamist political ascendency in the region. Hamas does not want to pay dearly for reconciliation, as it did after its success in the 2006 elections, and would rather invest in breaking the Arab and international boycott against it and gaining the legitimacy that would qualify it to lead the Palestinian people at a later stage.</p>
<p>Disagreements within Hamas are not really over the political program, but rather over the special circumstances and needs of the leadership inside the occupied territories and in exile, between the West Bank and Gaza, and competition between various individuals and how they impact the leadership and its decisions. Based on this, we note how the controversy over the Doha declaration has focused ultimately on legal issues, and not on politics, despite Hamas&#8217; stubborn opposition to the PLO&#8217;s political program since the Islamist movement&#8217;s inception. The dispute is really over access to leadership and the importance of retaining what Hamas has gained in Gaza, which is why Khaled Meshaal was &laquo;&nbsp;grabbed by the ear&nbsp;&raquo; by the Gaza leadership for signing the Doha declaration without prior consultation with the movement&#8217;s institutions.</p>
<p>The installment of Abu Mazen at the head of the government is not the only divergence from the Egyptian paper, however.</p>
<p>The failure to set a date for presidential and legislative elections, which had been agreed on for May this year, means that this issue is left open. Its resolution appears to be linked to developments in the Arab world and the region, especially the outcome of the struggle over Syria and the prospects for a resumption of Palestinian-Israeli negotiations. This, even though everyone knows that the latter track will see no breakthrough, especially this year. Moreover, Israel&#8217;s Yitzhak Molcho told negotiator Saeb Erekat that the Israeli government will not allow elections to be held that might threaten its security.</p>
<p>It is also remarkable that the Doha declaration replaces the previous agreement that elections for the PLO&#8217;s parliament, the Palestinian National Council, would be held simultaneously with the presidential and legislative elections. Now, the PNC is to be &laquo;&nbsp;restructured&nbsp;&raquo;. This seems to be a sign that the leaders are prepared to abandon the reference of the Palestinian people, and respond instead to the international community and Israel, which will not allow elections to the PNC, and (as we noted above) will find it difficult to agree to elections that it will not benefit from.</p>
<p>It is dangerous, therefore, to combine the posts of president and prime minister, in addition to all the other positions assumed by Abbas, as this will monopolize all powers in the hands of one person, in the season of the &laquo;&nbsp;Arab spring&nbsp;&raquo; and its democratic transformations. This is especially true given the signs that the breeze is not blowing as Palestinians wish and that elections might not be held soon, but instead far in the future.</p>
<p>The differences within Hamas over the Doha declaration appear to have receded and might end with a change in roles that guarantees certain parties only need give up their control of Gaza after ensuring full participation in power and the organization. That there is this movement in Hamas reflects Arab, regional and international variables and the rise of political Islam in more than one Arab country. Hamas feels the need to change from being an ideological resistance organization that does not believe in pluralism to a pluralistic organization able to manage disputes internally and within a national public framework, transforming its governance as others are throughout the region.</p>
<p>The question that remains is not for Palestinians, including Hamas, but for Israel. Will it respond with moderation to the Palestinian collective and allow progress that can lead to a resumption of negotiations and a resolution? Or will it continue its intransigence and extremism and add the moderation of Hamas to its numerous demands for more Palestinian concessions, including the resumption of negotiations under Israeli conditions, a state with provisional borders, and Israel as a Jewish state. This is the most probable scenario. What, we ask, will be more likely than this to increase the nagging need to crystallize a Palestinian strategy able to frustrate Israel&#8217;s project of fragmenting the path towards achieving Palestinian goals?-<em>Published 13/2/2012 © <a href="http://bitterlemons.org/" target="_blank">bitterlemons.org</a></em></span></p>
<p><span><em>Hani al-Masri is a columnist for several Palestinian newspapers.</em></span></p>
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		<title>UN point de vue israélien Un échec de la pensée stratégique israélienne. par Yossi Alpher</title>
		<link>http://www.forumforpeace.com/2012/02/un-point-de-vue-israelien-un-echec-de-la-pensee-strategique-israelienne-par-yossi-alpher/</link>
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		<pubDate>Wed, 15 Feb 2012 10:23:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Joseph Meidan</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>

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		<description><![CDATA[The Fateh-Hamas Doha declaration of February 5 is many things, some more grounded in reality than others. At the regional level, the declaration represents yet another step forward for political Islam. This takes the form of new agreements between Hamas&#8230; <br /><a href="http://www.forumforpeace.com/2012/02/un-point-de-vue-israelien-un-echec-de-la-pensee-strategique-israelienne-par-yossi-alpher/" class="btn-std"><span class="readmore">Lire l'article</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>The Fateh-Hamas Doha declaration of February 5 is many things, some more grounded in reality than others.</p>
<p>At the regional level, the declaration represents yet another step forward for political Islam. This takes the form of new agreements between Hamas and Fateh, mainly to set up a technocrat government charged with organizing elections and beginning reconstruction in Gaza, and to move toward integrating Hamas into the Palestine Liberation Organization. It is also another feather in the cap of Qatari diplomacy, which has been quick to fill the void left by the weakening of the patrons of the two Palestinian movements, Syria (Hamas) and Egypt (Fateh).</p>
<p>For Fateh leader Mahmoud Abbas, the agreement represents Hamas&#8217; acquiescence in his leadership, at least temporarily. And it seemingly enables him, without making significant concessions, to keep juggling in the air the balls of negotiations with Israel under Jordanian auspices and national reconciliation and reunification with Hamas/Gaza. &laquo;&nbsp;Seemingly&nbsp;&raquo; enables, because the sharp &laquo;&nbsp;either Hamas or us&nbsp;&raquo; reaction of Israeli Prime Minister Binyamin Netanyahu and the guarded response of part of the Quartet appear at least temporarily to preclude further talks. In actuality, the chances of either reconciliation or peace &laquo;&nbsp;pre-negotiations&nbsp;&raquo; reaching fruition are low, but as long as both balls are in the air, Abbas is virtually in control.</p>
<p>For the Hamas leadership, the Doha declaration exacerbated long-brewing tensions between Khaled Meshaal, who signed it, and the Gaza-based leadership under Ismail Haniyeh that immediately disowned it. While Hamas will presumably patch over the differences, this glaring dispute provides yet one more indication of the fragility of the entire reconciliation process.</p>
<p>For Netanyahu and his hard-line government, Doha delivered another eagerly seized rationale for avoiding serious negotiations with Abbas&#8211;as if Netanyahu had not ably invented enough excuses already. But then, Abbas&#8217; own positions and attitudes have in any case rendered negotiations under the Oslo framework pointless for the past three years. Perhaps more distressing is what the Doha event says about Israel&#8217;s lack of sound strategic thinking on the Palestinian issue in general. Even the wispy prospect of Palestinian reconciliation should force us to confront this dual failure.</p>
<p>The Hamas-Fateh break in the Gaza Strip in 2007 caused Israel to lay siege to the Strip on the basis of totally unrealistic goals regarding the rewards of economic warfare: that Hamas rule would collapse or be overthrown and that Gilad Shalit would be released. Neither of these goals was achieved, while for several years collective hardship was imposed on 1.5 million civilians. (For Shalit&#8217;s release we can thank Egypt&#8217;s military rulers, and for a partial lifting of the siege we can &laquo;&nbsp;thank&nbsp;&raquo; the Mavi Marmara fiasco.)</p>
<p>Nowhere is there evidence of Israeli rethinking regarding Gaza. Are we at all interested in Gaza-West Bank reunification, whatever the terms, or are we better off with two &laquo;&nbsp;Palestines&nbsp;&raquo;? Should Hamas&#8217; offer of a long-term ceasefire be so readily dismissed in a regional reality increasingly dominated by political Islam that in any case rejects peace with Israel? If Hamas succeeds in exploiting reconciliation to take over the Palestinian national movement in the West Bank as well as Gaza, we may well regret our lack of creativity on this issue.</p>
<p>Then there is our failure of strategic thinking regarding the West Bank and our negotiating partner there, the PLO. The inevitable conclusion to be drawn from the demise of nearly 20 years of negotiations, including two attempts at the highest level (Camp David 2000 and Olmert-Abbas 2008) to resolve all final status issues, is that the Oslo framework has run its course and needs to be replaced with a new, post-Oslo format.</p>
<p>Abbas, alone, appears to have understood this when he turned to the United Nations and asked for recognition of a Palestinian state in order to create a new, state-to-state basis for negotiations. This, incidentally, is the third initiative he is juggling, and without doubt the most intriguing and potentially constructive.</p>
<p>Israel&#8217;s strategic failings regarding both Palestinian camps are shared to an extent by the Obama administration and the rest of the Quartet. If, despite the odds, Fateh-Hamas reconciliation moves ahead, elections are held and Hamas is integrated politically into overall Palestinian governance, a new strategic paradigm will emerge to replace those that have confounded us so far. And it will be part of a broader, regional challenge to Israel and the West by political Islam.</p>
<p>At this point, we and our friends (and critics) in the West seem distressingly ill-equipped to deal constructively with that paradigm.-Published 13/2/2012 © <a href="http://bitterlemons.org/" target="_blank">bitterlemons.org</a></p>
<p>Yossi Alpher is coeditor of the bitterlemons family of internet publications. He is former director of the Jaffee Center for Strategic Studies at Tel Aviv University.</p>
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		<title>Un dialogue de vue palestinien est le chemin. par Ghassan Khatib</title>
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		<pubDate>Wed, 15 Feb 2012 10:21:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Joseph Meidan</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>

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		<description><![CDATA[The agreement that was announced in Doha last week between Palestinian President Mahmoud Abbas and the head of Hamas, Khaled Meshaal, generated healthy debate and discussion among Palestinians, but especially within Hamas. Once again, the Palestinian argument that engaging Hamas&#8230; <br /><a href="http://www.forumforpeace.com/2012/02/un-dialogue-de-vue-palestinien-est-le-chemin-par-ghassan-khatib/" class="btn-std"><span class="readmore">Lire l'article</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>The agreement that was announced in Doha last week between Palestinian President Mahmoud Abbas and the head of Hamas, Khaled Meshaal, generated healthy debate and discussion among Palestinians, but especially within Hamas. Once again, the Palestinian argument that engaging Hamas in dialogue is always useful has been proven true.</p>
<p>In the agreement, Hamas accepts that Abbas serve as prime minister in a national unity government. Although this government will include no other Fateh members and none from Hamas, it will be approved and supported by both factions. Hamas had previously agreed that Abbas, with his well-known political positions advocating negotiations and the two-state solution, would be mandated to conduct negotiations with Israel, provided that any agreement resulting from those talks would go before the public in a referendum. Now Hamas has said that this same individual can head a cabinet that it supports. Given the clear and long-standing commitment of Abbas to the cause of peace, negotiations and the two-state solution, the Hamas movement&#8217;s support for his role at the head of government shows again that dialogue with Hamas contributes to its moderation.</p>
<p>It is critical that this agreement is spurring debate between different tendencies within Hamas, where the relatively moderate elements are being strengthened and the relatively hard-line elements are being side-lined. Hamas is a genuine, significant Palestinian political movement that won the last free and democratic Palestinian elections. It cannot be ignored as a means of &laquo;&nbsp;handling&nbsp;&raquo; its unacceptable politics or practices. All experience has shown that when Palestinians from other factions engage Hamas, healthy debate and moderation result. The alternative of isolating Hamas always plays into the hands of the movement&#8217;s most hard-line elements.</p>
<p>The first and most significant example of this was the dialogue that culminated in the 2007 Mecca agreement, a political framework very different from Hamas&#8217; elections platform just one year earlier. In the Mecca agreement, Hamas agreed to the Arab Peace Initiative, expressed willingness to respect signed agreements and agreed to honor the previous commitments of the Palestine Liberation Organization, which include agreements with Israel.</p>
<p>The second example was the dialogue that led to an agreement in May 2011 in Cairo between Meshaal and Abbas, where the two agreed on a plan for reconciliation and the holding of elections in May this year. That agreement included a clear commitment by Hamas, underscored later by statements from Meshaal himself, to pursue &laquo;&nbsp;popular resistance&nbsp;&raquo; in contrast with the movement&#8217;s traditional tactic of armed struggle.</p>
<p>There is no doubt that these new signs of moderation have been encouraged by some of the events of the &laquo;&nbsp;Arab spring&nbsp;&raquo;. The example of moderate Islamist parties such as Ennahda of Tunisia contributing to peaceful revolutions and then taking power in free elections was very inspiring to many people, including Hamas. The best way of diminishing the extreme tendencies of Hamas and its sometimes violent behavior is through examples, arguments and practices that show how legitimate aspirations can achieve legitimate objectives through legitimate means. Internal Palestinian dialogue, including the Doha agreement, has been instrumental in that direction.-Published 13/2/2012 © <a href="http://bitterlemons.org/" target="_blank">bitterlemons.org</a></p>
<p>Ghassan Khatib is coeditor of the bitterlemons family of internet publications and director of the Government Media Center. This article represents his personal views.</p>
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		<title>La durée de vie d&#8217;un cœur: les musulmans et les économies d&#8217;Juifs vit ensemble par Mehnaz M. Afridi</title>
		<link>http://www.forumforpeace.com/2012/02/la-duree-de-vie-dun-coeur-les-musulmans-et-les-economies-djuifs-vit-ensemble-par-mehnaz-m-afridi/</link>
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		<pubDate>Wed, 15 Feb 2012 10:17:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Joseph Meidan</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.forumforpeace.com/?p=2572</guid>
		<description><![CDATA[New York, New York &#8211; As I listen to sound bites of news, a swarm of words sting me: Iran, Israel, nuclear, Palestine-Israel at a standstill, Muslims kill Jews, and Jews kill Muslims. As a Muslim woman who teaches classes&#8230; <br /><a href="http://www.forumforpeace.com/2012/02/la-duree-de-vie-dun-coeur-les-musulmans-et-les-economies-djuifs-vit-ensemble-par-mehnaz-m-afridi/" class="btn-std"><span class="readmore">Lire l'article</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>New York, New York &#8211; As I listen to sound bites of news, a swarm of words sting me: Iran, Israel, nuclear, Palestine-Israel at a standstill, Muslims kill Jews, and Jews kill Muslims. As a Muslim woman who teaches classes about the Holocaust at a Catholic college, I am constantly frustrated by the media coverage of the Middle East which overwhelmingly serves to highlight and entrench national and religious tensions, prejudice and conflict.</p>
<p>A recently-aired documentary by filmmaker Karen Ghitis, on Al Jazeera, was an extremely heartening exception to the rule. The film,<em> Jerusalem SOS</em>, showed Jews and Muslims saving each other’s lives.</p>
<p>The documentary, which aired last month, portrayed Arabs wearing orange vests printed with the red Star of David teamed up with <em>haredi</em> (or ultra-Orthodox) Jews with side curls, black skullcaps and <em>tzitziot</em> (knotted ritual fringes on their garments). And both groups have only praise for each other. Working as volunteer paramedics for the Orthodox Jewish organisation United Hatzalah (UH), these Jews and Muslims are taking note of the most important aspects of their faiths: preserving human lives and justice.</p>
<p>I was reminded of the Qur’anic injunction that states that “on that account We ordained for the Children of Isra`il that if any one slew a person … it would be as if he slew the whole humanity: and if any one saved a life, it would be as if he saved the whole humanity” (5:32).</p>
<p>Likewise, the Talmud (a repository of the ancient Jewish oral law and wisdom) states, “whoever destroys a soul, it is considered as if he destroyed an entire world. And whoever saves a life, it is considered as if he saved an entire world.&nbsp;&raquo; (Babylonian Talmud, 22a).</p>
<p>In the documentary the UH-trained Palestinian paramedics note that there are often delays in ambulances reaching the sick and wounded in East Jerusalem because Israeli ambulances are not permitted to enter Palestinian neighbourhoods without being accompanied by a police or military escort. Moreover, some of the homes have no addresses. Because the UH paramedics know the area well and drive ambucycles (ambulances on motorcycles), they are the first to arrive at the scene.</p>
<p>The film shows the rescue team transcending physical and political borders in order to save lives. Members of both faiths help each other provide for their communities on their respective holy days: Muslims come to the rescue of Jews on the Jewish Sabbath, and Jews help Muslims in emergencies on Fridays, as well as during Ramadan.</p>
<p>Eli Be’er, the founder of UH, was quoted in the <em>Jerusalem Post</em> as saying: “Jews and Muslims do not oppose working together, despite the invisible boundaries and suspicions that separate their communities. In the beginning, I met a few who were surprised about working together, but after they saw that they are great people and really professional, they all like it.”</p>
<p>These Muslim and Jewish paramedics have embraced the spiritual richness of their faiths and ignored the superficial boundaries of difference. Media outlets should try and take a cue from their story, and focus more attention on hope and cooperation.</p>
<p>Another heartening interfaith story from some months ago comes to mind. On 5 June, ABC News reported that “One Israeli man dying of a failing heart learned today that he would live, thanks to a Palestinian family who donated the heart of one of its members slain in the escalating violence wracking Israel.”</p>
<p>The Israeli who received the heart commented on how their hearts were the same, and ultimately they were the same inside.</p>
<p>Even though the rancour of negative media surrounds us, it is important to acknowledge that grassroots initiatives by organisations like UH, or the personal initiative of the Palestinian family who donated a loved one’s heart, are the key to building understanding between Jews and Muslims.</p>
<p>It is therefore crucial that Jews and Muslims tune into the many positive stories of life and death, faith and justice that occur on a daily basis on the ground.</p>
<p>I am always in search of such heartfelt stories that illuminate the commonalities of our faiths and demonstrate social justice. In the three monotheistic religions we are commanded not to bear false witness. After all, we are all children of God and it is through our actions and perseverance that we affirm our shared values and commitments to one another – irrespective of religious differences.</p>
<p>###</p>
<p>* Dr. Mehnaz Afridi is Assistant Professor of Religious Studies and Director of the Holocaust, Genocide, and Interfaith Education Center at Manhattan College in New York City. This article was written for the Common Ground News Service (CGNews).</p>
<p>Source: Common Ground News Service (CGNews), 14 February 2012, www.commongroundnews.org. Copyright permission is granted for publication.</p>
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		<title>Etat-mosquée relations en Europe, l&#8217;autre moitié de l&#8217;histoire par Jonathan Laurence</title>
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		<pubDate>Wed, 15 Feb 2012 10:14:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Joseph Meidan</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Chestnut Hill, Massachusetts &#8211; Just over 1 per cent of the world’s 1.5 billion Muslims reside in Western Europe, yet this minority has had a disproportionate impact on religion and politics in its new home. In just fifty years, the Muslim population has ballooned from some tens of thousands to 16 or 17 million in 2010 – approximately one out of every 25 Western Europeans.</p>
<p>On the one hand, there is a growing belief among native European populations that Islam, once allowed to flourish unchecked in post-war Europe, must be halted. This worldview exhorts Europeans to awaken from their slumber and defeat “Eurabia”. Against this narrative is the view, held by some Muslim community leaders, that European governments are uniformly repressive and intolerant of diversity.</p>
<p>Both narratives are inadequate, and more importantly, each misses the broader trend of what is actually happening on the ground.</p>
<p>Europeans and Muslims have been successfully negotiating with and adapting to one another over the past 10 years. This is affirmed by several crucial nation-building moments. In what are mundane but arguably critical domains for religious integration – such as mosque construction, the training of imams and chaplains, the availability of <em>halal</em> food and visas for the <em>haj</em>, the Muslim pilgrimage to Mecca – Muslim communities and European governments have begun to talk and act in concert.</p>
<p>Contrast this with 10 or 15 years ago, when Islam remained basically unknown as a domestic policy issue to European politicians and administrators. To the extent religious questions were addressed, it was the domain of immigration authorities and diplomats — not parliaments and interior ministries. Islamic community organisations in European cities also reflected this state of affairs; far from being organically rooted in local European culture and politics, they were still dominated by foreign governments and international NGOs.</p>
<p>A new landscape is taking shape in which Muslim leaders are increasingly finding a place in the society and institutions of their adoptive countries. A new political consensus – and administrative praxis – is taking hold, reflecting the spreading pragmatic recognition of Muslims’ irreversible presence in Europe.</p>
<p>The decade from the mid-1990s to the mid-2000s was a period of major growth in state-Islam relations in Europe. The most striking illustration of a Europe-wide move toward the integration of Islam came with the development of national consultations with prayer spaces and civil society organisations. Gone were governments’ ad hoc responses to questions facing Muslim communities and the inter-ministerial working groups of previous decades, and in came corporatist-style institution building and the establishment of institutions to negotiate “state-mosque” relations.</p>
<p>Across Europe, the summit of institutional recognition and domestication took the form of Islamic boards. Boards such as the French Council of the Muslim Faith, the Spanish Islamic Council, the German Islam Conference and the Italian Islam Committee helped resolve practical issues of religious infrastructure – from creating places for imams and chaplains in public institutions to the regulation of mosques, religious education, <em>halal</em> food and visas for the <em>haj</em>.</p>
<p>As this new reality continues, a new order of community leadership and imams is emerging, one that mixes more with local society – including Muslims of all backgrounds as well as non-Muslims – and is better acquainted with pluralist systems of state-religion relations, European cultural norms as well as languages. As Muslim organisations navigate the institutions that govern religious exercise, authorities can enjoy consultative opportunities as well as provide an incentive structure to encourage interreligious dialogue and security cooperation with local officials.</p>
<p>Organisations and leadership which previously looked only beyond European borders for Islamic authority and authenticity are slowly gaining domestic institutional references as well.</p>
<p>There is still plenty of room for improvement within the new spaces of mediation. But that will only take place if the gains of the past decade are not conceded to the exaggerated pessimism of negative narratives about the future of Muslims in Europe. If progress is to continue, both “sides” need to look up and mentally register that the sky is not falling.</p>
<p>###</p>
<p>* Jonathan Laurence (www.jonathanlaurence.net) is an Associate Professor of Political Science at Boston College and Nonresident Senior Fellow at the Brookings Institution. He is the author of <em>The Emancipation of Europe’s Muslims: The State’s Role in Minority Integration</em> (2012). This article was written for the Common Ground News Service (CGNews).</p>
<p>Source: Common Ground News Service (CGNews), 14 February 2012, www.commongroundnews.org. Copyright permission is granted for publication.</p>
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		<title>Etats-Unis musulmane relations Frères clé de l&#8217;économie de l&#8217;Egypte? par Mohamed El-Sayed</title>
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		<pubDate>Wed, 15 Feb 2012 10:11:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Joseph Meidan</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Jerusalem &#8211; Late last month I went to the children&#8217;s memorial in Yad Vashem, the Holocaust memorial museum in Jerusalem. I stood there and took in the names, the candles and the glass. And I felt confused and sad and&#8230; <br /><a href="http://www.forumforpeace.com/2012/02/etats-unis-musulmane-relations-freres-cle-de-leconomie-de-legypte/" class="btn-std"><span class="readmore">Lire l'article</span></a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Jerusalem &#8211; Late last month I went to the children&#8217;s memorial in Yad Vashem, the Holocaust memorial museum in Jerusalem. I stood there and took in the names, the candles and the glass. And I felt confused and sad and a little bit broken.</p>
<p>It was 27 January, International Holocaust Remembrance Day, and it was the first time I had gone to the memorial in five years. I went because I wanted to reclaim a small part of myself and my history from the tornado of political and historical ownership that twists so jaggedly in this place.</p>
<p>When I realised that International Holocaust Remembrance Day was approaching, my first thought was, &laquo;&nbsp;great – another opportunity for Israel&#8217;s leaders to make the world feel guilty and back away from their criticism of its settlements.&nbsp;&raquo; After reading the works of Jewish philosopher Hannah Arendt, who wrote in the 1960s about using the Holocaust to justify Israeli injustices, and hearing Benyamin Netanyahu’s rhetorical use of the Holocaust recently in the US Congress, I have reached a point where I hear “Holocaust” and think about trends in Israeli-Palestinian politics that I do not like.</p>
<p>What led me to Yad Vashem was the realisation that my thinking about Israeli-Palestinian issues has changed the way that I think about the Holocaust. I have become deeply frustrated by the political manipulation of the Holocaust to distract from Israel&#8217;s crimes against Palestinians. These crimes should not and need not be compared to Nazi crimes, but they are unjust and immoral in their own right.</p>
<p>There is something deeply wrong with this new way of thinking about the Holocaust. It is not the substance of the thought that is wrong. Many Israeli leaders do cynically use the Holocaust to deflect criticism of a controversial policy. What is wrong, though, is the fact that such a thought is the first thing that came to my mind on Holocaust Remembrance Day.</p>
<p>I, like many individuals on the Jewish left, have made a concerted effort to understand Palestinian suffering and to try to grasp how the suffering inflicted by the Occupation could lead a large portion of a people to embrace an ideology that supports using violence against innocent people through bombing cafes and buses.</p>
<p>I am proud to say that after much searching and struggling, I am able to sincerely empathise with Palestinian suffering, even as I do not endorse methods of violence and collective punishment.</p>
<p>The more I have understood the suffering caused by the Occupation, the more I am infuriated by statements that begin with &laquo;&nbsp;the Occupation is terrible, but&#8230;“. Statements like &laquo;&nbsp;the Occupation is terrible, but Palestinians have supported gruesome methods of terrorism&nbsp;&raquo; are in some cases correct but they are also wrong, in my opinion, because they lack true empathy for human suffering.</p>
<p>So the fact that my first thought on International Holocaust Remembrance Day was something like &laquo;&nbsp;the Holocaust was horrific, but it is exploited for political purposes&nbsp;&raquo; is not acceptable at all. This kind of thinking has reduced my ability to empathise with the tragic suffering of my own people and my ability to understand why many of them may have embraced militaristic views.</p>
<p>Israeli Jewish fear is real. It may be unwarranted in some cases, and exaggerated in others, but it is important to understand how an extended period in recent history in which one-third of the world&#8217;s Jews were systematically exterminated could lead people to be fearful of virulent anti-Semitism as expressed by some leaders in the Middle East.</p>
<p>Anti-Semitism is certainly not the driving factor behind all opposition to Israel, but it did not &laquo;&nbsp;end with the Holocaust&nbsp;&raquo; and it is a factor to be taken very seriously in certain contexts.</p>
<p>I will continue to fervently oppose the idea that every person who criticises Israel is anti-Semitic, and especially viewpoints that legitimise violence against non-Jews. But I do want to try to open myself up to empathising more with the very real suffering that can lead to those views.</p>
<p>And I want to continue to grapple with the legacy of the Holocaust, to increase my ability to empathise, to better hone my love for people and for life and my hatred of injustice and violence.</p>
<p>So I went and stood in Yad Vashem, not to compare or to contrast, not to gather facts or sharpen my arguments, not even to critique or challenge, but to simply bear witness to and mourn the pain and suffering that the Holocaust inflicted on millions of people.</p>
<p>###</p>
<p>* Moriel Rothman is an American-Israeli activist and writer. He is currently living in Jerusalem as a New Israel Fund/Shatil Social Justice Fellow and is active with Rabbis for Human Rights. This article was written for the Common Ground News Service (CGNews).</p>
<p>Source: Common Ground News Service (CGNews), 14 February 2012, www.commongroundnews.org. Copyright permission is granted for publication.</p>
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